Dans un petit livre percutant intitulé "Recyclage le grand enfumage", Flore Berlingen directrice de l’association Zéro Waste France, montre que le terme "recyclage" est souvent utilisé de façon trompeuse.

Le recyclage à l'infini n'existe pas
Le recyclage à l'infini n'existe pas © Getty / Chris Jongkind

Derrière l’argument de vente, les mentions abusives sont en effet monnaie courante car fondées sur une recyclabilité purement théorique.  

Prenons l’exemple de cette célèbre chaîne américaine de café. En juillet 2018, elle annonçait qu’elle remplaçait ses milliards de pailles grâce à un couvercle de gobelet en plastique "recyclable" muni d’un bec. Sauf que la marque à la sirène oubliait de préciser qu’il n’existe pas de filière, ni de débouchés pour le polypropylène (PP) souple dont ce couvercle est constitué. 

En France, plus d’un million de tonnes d’emballages plastiques sont mises sur le marché chaque année dont la moitié ne dispose d’aucune possibilité de recyclage effectif. Et les messages envoyés sont parfois totalement contradictoires.  

À quoi faites-vous allusion ?   

Concernant le tri des déchets, afin de sensibiliser le public, les campagnes de communication mettent en valeur les vertus du recyclage. Nos déchets sont devenus de fantastiques ressources en devenir. Il ne tient qu’à nous, héros du quotidien, d’opérer cette transformation avec le geste de tri qui nous absout en ouvrant la voie à une économie circulaire quitte à gommer toute évocation de l’impact environnemental. Prenons le cas édifiant des exportations.  

Sous couvert de recyclage, le traitement de certains déchets plastiques, électroniques, ou textile reste encore massivement délocalisé avec son lot de pollutions et de nuisances qui révèle les limites du recyclage des pays occidentaux qui ne sont ni viables ni autonomes. Une partie de l’économie dite "circulaire" portée aux nues n’est pas respectueuse des travailleurs et habitants des pays réceptionnistes et de leur environnement.  

Flore Berlingen montre aussi les conflits d’intérêts des entreprises privées de recyclage comme Citeo qui est agréé par l’État et compte parmi ses administrateurs, les représentants de Lactalis, Coca-Cola, Nestlé ou Evian. Ces producteurs n’ont évidemment aucun intérêt à ce que le public prenne conscience de la non-recyclabilité d’une grande partie des emballages.  

Et est-ce qu’un recyclage à l’infini est possible ?   

Il s’agit d’un mythe selon Flore Berlingen. Car même si nous devenions tous sans exception des trieurs modèles, le recyclage se heurte à des limites physiques et techniques indépassables. Dans le cas du plastique par exemple, la composition complexe des matériaux incluant de nombreux additifs et des éléments perturbateurs est un obstacle.  

Le recyclage qui semble s’attaquer à deux problématiques environnementales majeures : la surconsommation des ressources et la surproduction de déchets, apporte en réalité une réponse très partielle puisque les procédés utilisés restent fortement consommateurs de ressources et d’énergie et ne constituent pas un débouché suffisant face à la quantité énorme de déchets que nous produisons.  

Il faut donc en priorité réduire les consommations et les déchets à la source en privilégiant la réutilisation, le réemploi et la réparation.  

Le recyclage, c’est le dossier cet AM de la Terre au Carré. 

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