Même si la priorité est aujourd’hui de traiter les malades atteints du Covid-19 et de protéger les populations de la contamination, nombreux sont les scientifiques qui nous alertent de ne pas négliger les recherches sur les chaines de transmission qui sont à l’origine de cette pandémie.

Nous l’avons déjà dit dans cet édito, la crise de ce nouveau coronavirus est d’abord la crise d’une "biodiversité maltraitée" comme le titrait The Conversation le 25 mars dernier sur son site Internet. 

Les chercheurs Philippe Grandcolas et Jean Lou Justine y rappelaient que c’est la destruction accélérée des milieux naturels qui favorise les contacts entre les populations humaines avec de nouveaux agents pathogènes dont certains animaux sauvages sont les réservoirs. 

En 2002, l’épidémie du SRAS (le syndrome respiratoire aiguë sévère) avait émergé en raison de la proximité entre des chauves-souris, des civettes et des consommateurs humains. 

Cinq ans plus tard en 2007, des scientifiques de l’Université de Hong-Kong concluaient dans un article scientifique que :

"La présence d’un réservoir important de virus de type SARS-CoV dans les chauves-souris Rhinolophes combiné avec l’élevage pour la consommation de mammifères exotiques dans le Sud de la Chine était une bombe à retardement."

Et c’est cette bombe à retardement qui a explosé en novembre dernier avec le Covid -19 ? 

Sans aucun doute et c’est la raison pour laquelle le Professeur Didier Sicard qui est spécialiste des maladies infectieuses, milite pour un retour aux sources et une relance des recherches afin d’identifier les chaines de contamination qui permettent à des pathogènes de passer d’un hôte animal comme la chauve-souris, aux humains. 

Il faut, dit-il, poursuivre les efforts pour comprendre la genèse de cette pandémie de Covid-19 et ne pas tout arrêter comme cela s’est passé après le SRAS qui, dans un premier temps, avait suscité de nombreux travaux mais qui ont ensuite été stoppés parce que l’épidémie n’est pas revenue. Il a fallu 15 ans pour que des chercheurs chinois lancés dans une enquête virologique au long cours découvrent en 2017 les origines du virus dans une grotte reculée de province du Yunnan dans le sud-ouest de la Chine. 

C’est donc un travail qui prend beaucoup de temps…

Oui, c’est le propre de la recherche fondamentale. Une recherche qui comme en virologie est souvent longue, difficile et fastidieuse pour comprendre tous les mécanismes de transmission entre les agents pathogènes présents dans la nature et l’Homme. 

Didier Sicard regrette que cette recherche de terrain ne soit plus valorisée et financée à la hauteur des enjeux et que l’argent aille massivement vers les médicaments et les vaccins mais pas vers la recherche de terrain qui ne rapporte rien à court terme. Or, conclut-il, ce travail est indispensable pour nous prémunir contre les prochaines épidémies comme celle qui nous frappe actuellement. 

Didier Sicard sera l’invité du virus au carré cet après-midi. 

  • Légende du visuel principal: Revenir aux origines du coronavirus pour mieux le comprendre, un travail qui prend du temps © Getty / VCG
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