Ce matin dans l’édito carré vous vous intéressez à la compensation carbone qui est très en vogue en ce moment.

Avec pour commencer Nicolas une histoire qui vaut son pesant de cacahouètes. Le 11 novembre dernier à 11h11 le président Turque Recept Tayyip Erdogan inaugurait en grande pompe la journée nationale de la foresterie en organisant une cérémonie de plantation massive de 11 millions de jeunes arbres à l’échelle nationale. 

Lors de son discours très climato-friendly, Erdogan a déclaré que « la nation turque était en train d’écrire l'histoire du boisement et de la protection de la nature en favorisant une nouvelle Turquie verte et luxuriante » 

Sauf que moins de trois mois plus tard cette opération baptisée « Breath for the future » (« Un souffle pour l’avenir ») a tourné au fiasco. Sur les 11 millions d’arbres plantés, 90% d’entre eux seraient déjà morts en raison de la sécheresse.

« Un exemple à méditer, pour tous ceux qui nous vendent de la reforestation en guise de compensation carbone au lieu de mettre un terme à la déforestation » tweetait ce dimanche Clément Sénéchal le porte-parole climat de Greenpeace France. 

Et pour quelles raisons ?

Et bien parce que face à l’urgence climatique et à leur activité polluante, les entreprises dont l’image se dégrade essayent de se racheter une bonne conscience écologique en achetant des arbres et des forêts à tour de bras. 

Le cas le plus emblématique est celui des compagnies aériennes. En octobre dernier Air France annonçait fièrement que dès le mois de janvier elle compenserait les émissions de CO2 de ses clients sur les vols intérieurs en finançant des programmes de replantations et en encourageant également ses employés à planter eux-mêmes des arbres. 

La compagnie a ainsi créé la communauté « Trip and Tree » et accompagne financièrement une association "A Tree for You" « Un arbre pour vous » qui met en relation des donateurs et des projets de plantation d’arbres partout à travers le monde. C’est beau comme un vol de grues cendrées.

Il faut dire que les compagnies aériennes ne ménagent pas leurs efforts pour lutter contre le concept scandinave du «flygskam» ou «la honte de prendre l’avion ». Bilan des courses : depuis quelques temps le marché de la compensation carbone explose littéralement. 

Et pourquoi faut-il douter des bonnes intentions de ces entreprises ? 

Et bien parce que comme le rappelle Renaud Bettin du cabinet Carbone 4 nombre d’entre elles se dédouanent en réalité de leurs obligations en achetant des forêts en guise de puits à carbone plutôt que de contribuer réellement à la réduction de leurs émissions de CO2. 

Or il n’est pas prouvé pour le moment que la reforestation soit efficace pour contrebalancer les émissions de gaz à effet de serre. Impossible de dire si le carbone stocké par un arbre restera en place suffisamment longtemps. Un aléa climatique est si vite arrivé. Parlez-en au président Erdogan qui en connaît aujourd’hui un rayon sur la reforestation massive et rapide.

Le business de la compensation carbone c’est le dossier cet AM de la Terre au carré.  

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