Dans cette chronique du mardi 6 octobre 2020 de "L'Édito Carré" : la présence des animaux sauvages dans le milieu urbain. Avec la présentation de la philosophe, Joëlle Zask et son ouvrage, « Zoocities", paru aux éditions Premier Parallèle.

La scène est filmée par une caméra de surveillance située dans la cage d’escalier d’un immeuble de Bombay. Sur les images : un chien de la taille d’un labrador paisiblement en train de dormir sur le palier d’un appartement. Soudain, arrive dans l’escalier un léopard qui avance à patte de velours. Le félin bondit comme l’éclair sur le pauvre canidé et l’emporte vers la sortie.  

Cette attaque est loin d’être isolée. Dans le vaste parc situé au cœur de la mégapole indienne, les léopards attirés par les animaux domestiques ou errants s’aventurent régulièrement dans les rues de la ville.  

Bombay a été construite autour de la forêt réduisant considérablement l’habitat naturel des félins. Dans une culture indienne très favorable aux animaux, la présence de léopard représente une fierté tout autant qu’une crainte.  

Mais au-delà de la peur, à quoi ressemblerait une ville où les distances et les espaces rendraient possibles la coexistence avec les bêtes sauvages ? Question posée par la philosophe Joëlle Zask dans un ouvrage, Zoocities, publié chez Premier Parallèle. 

Et quelles sont ses pistes de réflexion ?  

Tout part du confinement, période pendant laquelle le monde entier a vu apparaître des animaux sauvages sous ses fenêtres. 

Mais le confinement n’a fait que révéler un phénomène préexistant, explique Joëlle Zask. Les animaux sauvages sont en effet de plus en plus nombreux à s’introduire dans le milieu urbain, qui pourtant semble leur être le moins adapté. 

La philosophe fait l’hypothèse que ce mouvement va s’amplifier et propose une expérience de pensée pour imaginer ce qui se passerait si les animaux s’installaient massivement dans les villes. 

Cet exercice permet d’interroger la ville, ses limites, ses insuffisances, les sacrifices qu’elle impose mais aussi les relations entre les espèces. Car il suffit qu’un couple de canards se dandine sur la place de la Comédie-française à Paris pour que nos représentations les plus ancrées soient remises en question.  

Par exemple ?  

À l’heure des grands bouleversements écologiques, pourrait-on imaginer une ville qui ne serait plus pensée contre les animaux, ni d’ailleurs, pour eux, mais avec eux dans un équilibre permettant d’établir une distanciation biologique, sanitaire et sociale nécessaire à la sécurité et à la tranquillité mutuelle des bêtes et des humains ? 

La présence d’animaux sauvages ébranle nos représentations de la ville, en incarnant souvent ce qui fait peur ou ce qui est féroce.  

À Lopburi en Thaïlande, des centaines de macaques semblent avoir pris le pouvoir. Ils se sont même installés dans un ancien cinéma ce qui évoque selon un témoin, La Planète des Singes *, sur fond de civilisation humaine effondrée. Une instrumentalisation, à l’envers de l’homme, par des animaux ? En raison des conséquences de ses propres activités qui étirent la ville et dégradent la forêt, l’homme s’exposerait-il au risque d’être à son tour domestiqué ?  

Nous en discuterons avec Joëlle Zask cet après-midi dans La Terre au Carré.  

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