Mathieu Vidard nous explique comment la palynologie (l’étude des grains de pollen) nous permet de mieux comprendre les effets du réchauffements climatiques sur nos écosystèmes - non pas en s'appuyant sur des données statistiques mais sur des données observées sur le terrain, à l'échelle mondiale, dans notre passé.

C’est une discipline qui s’appelle la palynologie : il s’agit de l’étude des grains de pollen

Et cette science est particulièrement intéressante puisque le pollen produit par les plantes à fleur et les conifères se fossilise très bien et peut renseigner les spécialistes sur des périodes très anciennes en donnant une sorte de photographie d’un milieu à un instant T. 

À partir des variations de pollens conservés dans les sédiments depuis des millions d’années, les scientifiques peuvent donc reconstituer la flore, la végétation mais aussi le climat d’une région rien qu’en observant les grains fossilisés dans leurs microscopes. 

Et c’est la méthode choisie par une équipe internationale pour remonter dans le passé et étudier les changements de la végétation mondiale pendant un épisode particulier de réchauffement climatique.  

Le "dernier maximum glaciaire"

Les scientifiques se sont intéressés à une période comprise entre 21 000 et 14 000 ans. Pourquoi cette période ? Et bien parce que la terre il y a 21 000 ans est sortie de ce qu’on appelle le « dernier maximum glaciaire ». 

Une épaisse couche de glace recouvrait l’Amérique. L’Europe du Nord et la France ressemblaient au nord sibérien actuel. Et puis soudain, une déglaciation a entraîné un réchauffement rapide de 4 à 7 °C

L’intérêt, c’est que l’ampleur de ce phénomène est comparable au réchauffement prévu dans les 100 à 150 ans à venir si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas réduites de manière significative comme le préconise l’accord de Paris.

En prenant comme référence cette période passée de grande amplitude thermique et en étudiant nos fameux grains de pollens fossilisés dans plus de 500 régions à l’échelle mondiale, les chercheurs ont pu déterminer l’étendue du changement de la végétation à l’époque et calculer comment différents niveaux de réchauffements futurs pourraient affecter les écosystèmes terrestres de notre planète

Quelles sont les conclusions de ces scientifiques ? 

Et bien que sans un effort de réductions spectaculaires des émissions de gaz à effet de serre, la plupart des écosystèmes actuels de la planète : forêts, prairies, déserts ou toundra vont connaître des transformations majeures au cours du siècle. La végétation va s’en trouver bouleversée et ces changements en menaçant la biodiversité mondiale vont affecter des services écologiques et vitaux rendus par la nature à l’humanité telle que la sécurité de l’eau ou le stockage du carbone

Actuellement de grandes quantités de carbone sont stockées dans les plantes ou les sols. Avec le réchauffement, une grande partie de ce carbone pourrait être relarguée dans l’atmosphère et provoquer une amplification du changement climatique.  

Cette étude publiée dans Science est innovante car elle se base, non pas sur de la modélisation ou des statistiques, mais sur des données observées à l’échelle mondiale sur le terrain, grâce donc à la palynologie. 

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Quand le pollen nous renseigne sur les changements à venir des écosystèmes terrestres… © Getty / Pal Hermansen
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