Ce matin dans l'édito carré, le mystère des noms d’espèces…

Oui on apprenait il y a quelques jours la découverte d’un rare manchot tout blanc aux Galapagos, le Spheniscus mendiculos… Et je me suis dit qu’il était temps de comprendre d’où venaient ces noms pour identifier un animal. Comment les spécialistes de la taxonomie ou taxinomie - la science qui nomme, décrit et classifie les espèces - travaillent. Car faire cet « acte de nomenclature » (on dit comme ça) n’est pas anodin... Mais très peu règlementé : il y a juste une validation avant publication de l’article scientifique, par des spécialistes. Avec 2 uniques règles en fait :  

- que ce ne soit pas offensant, 

- et que le nom soit en 2 parties : la première pour le genre, c’est-à-dire le groupement d’espèces auquel appartient l’animal et la 2ème pour désigner l’espèce en elle-même comme « homo / sapiens » ou « tyrannosaurus / rex », qu’on connait bien.

Et sur quoi les scientifiques se basent-ils pour choisir tel ou tel nom ?

Leur créativité, Nicolas ! Même le latin n’est pas obligatoire ! Il est certes d’usage, depuis le début de la taxonomie en 1758, avec le naturaliste Karl Von Linné... pour des raisons pratiques avant tout : ça universalise les noms. Mais rien n’interdit d’appeler un oiseau, ou un coléoptère tiens jusque-là inconnu le, AU HASARD… Nicolas Demorand ! Oui, oui, on me l’a confirmé au Muséum National d’Histoire Naturelle, le paléoentomologiste Romain Garrouste, qui nomme des 100aines d’espèces dans son laboratoire… En me rappelant quelques fantaisies de certains collègues dans le monde, qui parfois, soit par manque de noms, soit pour se faire plaisir – ou connaitre – vont chercher l’inspiration ailleurs que dans la description classique de type giganteus, ou la provenance géographique…

C’est-à-dire ?

Et bien connaissez-vous l’Abra cadabra, mollusque bivalve décrit en 1957 ? Ou tiens, la Aleiodes shakirae, une guêpe qui fait s’agiter les chenilles qu’elle attrape comme si elles faisaient une chorégraphie de la chanteuse. Les artistes d’ailleurs ont beaucoup de succès, il existe une mite « fernandocrambus chopinellus » pour Frédéric Chopin, une araignée « loureedia », ou encore la bactérie « legionella shakespeari ». Les présidents américains Donald Trump et Barack Obama ont aussi inspiré, pour des araignée, poisson, ou une mite, encore. Allez, une dernière : le scarabée Agra schwarzeneggeri, dont le fémur des pattes médianes est particulièrement développé.

Et n’allez pas croire qu’il s’agit d’un sujet anecdotique : nommer, décrire et classer le vivant est indispensable pour refléter l’état des connaissances sur l’évolution de ce vivant.. dont on n’a inventorié aujourd’hui que 2 millions d’espèces, sur les 10 millions que compterait la Terre aujourd’hui ! Alors jeunes chercheurs motivez-vous, d’autant que la discipline manque de bras. Toutes ces bestioles vous attendent, et peut-être même, donc, le Nicolas Demorandus ! 

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