Le problème avec le poisson, c’est qu’il ne pousse aucun cri strident lorsqu’on lui enfonce un couteau dans les écailles et que son apparence, ses comportements et son mode de communication nous semblent très lointains. Penchons-nous avec Mathieu Vidard sur la catégorie animale la plus exploitée par l’humanité.

Il faut d’abord remonter en 2003 pour évoquer cette question de la douleur ressentie par les poissons avec une publication qui va faire date. Elle est signée d’une équipe de l’Université d’Edimbourg. 

Pour mener leur expérience, les chercheurs avaient enduit d’acide, les lèvres de truites arc-en-ciel. Et les réactions du salmonidé ne se sont pas fait attendre : le poisson s’est mis à nager nerveusement, s’est frotté la bouche frénétiquement contre les parois de l’aquarium et s’est totalement désintéressé de sa nourriture.

Ce comportement de gêne observé chez la truite remplissait tous les critères pour parler, sans détours, d’une douleur ressentie. Mais c’était sans compter sur l’avis d’autres scientifiques.

Et qu’ont-ils opposé à cette expérience ? 

Que les poissons ne seraient pas dotés des structures nerveuses leur permettant de ressentir consciemment la douleur et que ces réactions d’évitement après l’injection de l’acide, ne relèveraient que de la nociception, le réflexe de retrait. 

Le problème avec le poisson par rapport à un cochon c’est qu’il ne pousse aucun cri strident lorsqu’on lui enfonce un couteau dans les écailles et que son apparence, ses comportements et son mode de communication nous semblent très lointains.

Dans le dernier numéro de la Revue Semestrielle du Droit Animalier, des chercheurs de l’université de Limoges, s’émeuvent du manque d’intérêt pour la condition des poissons de la part du public mais également au sein même du mouvement animaliste. 

Et de rappeler que les animaux aquatiques forment pourtant la catégorie la plus exploitée par l’humanité. Les chiffres évoquent 2000 milliards d’individus pêchés chaque année dans le monde.

Pierre Sigler, chargé de recherche pour la campagne « Qui sont les poissons ? » a étudié le cas des salmonidés d’élevage. Et les conditions de vie de ces poissons sont sidérantes.

Et que montre t-il exactement ? 

Et bien d’abord que les saumons qui sont de grands nomades et qui ont besoin de parcourir des milliers de kilomètres en mer pour se reproduire, vivent très mal l’enfermement dans des bassins où règne la surpopulation. Enfermés à 50 000 dans une cage de 30 mètres de diamètres ils deviennent complètement fous et se mettent à tourner en rond dans ces cages qui dépassent en intensité les pires élevages de poulets. 

Or le saumon a besoin de nager pour respirer correctement puisque ses branchies ne s’ouvrent pleinement que lorsqu’il se déplace. 

Dans cette promiscuité, les bagarres sont fréquentes et les blessures nombreuses. Sans compter les parasites et l’ammoniac produites par la concentration d’urine et qui ulcèrent leurs nageoires. 

Figurez-vous qu’une étude publiée en 2016 montre que la dépression frappe les saumons comme les mammifères. Et lorsque le saumon déprime, il s’arrête de s’alimenter et reste inerte. 

Le niveau de stress et de désespoir peut entrainer la mort de 25% de ces poissons ! Des antidépresseurs sont même testés sur eux. 

Ces modes d’élevage sont donc particulièrement stupides, car ils sont en total contradiction avec la biologie de ces animaux. 

Il est donc urgent aujourd’hui de prendre aussi considération les poissons au cœur de cette question du bien être animal.  

L'équipe
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.