Ce matin dans l’édito carré, les pratiques funéraires et les rituels de deuil bouleversés par le coronavirus.

La situation que nous vivons est totalement inédite pour nos sociétés et à la douleur de perdre un proche malade est venu s’ajouter le désarroi des familles de ne pas pouvoir lui dire au revoir et d’être privées de funérailles dignes de ce nom. 

Certaines personnes ont ainsi perdu un proche quasiment du jour au lendemain sans un adieu ou un moment de recueillement possible. Une situation d’une violence inouïe.

Gaelle Clavandier travaille sur la sociologie de la mort et elle explique que normalement l’élaboration du « bien mourir », aujourd’hui, c’est la mort qui prend du temps, entourée de ses proches et souvent accompagnée des soins palliatifs. 

Mais la mort dans ce contexte épidémique est caractérisée par sa brutalité. Une mort singulièrement rapide et qui se passe à l’hôpital. 

L’arrivée du Covid-19 a ainsi tout de suite imposé des décisions radicales sur l’organisation des obsèques afin d’éviter toute contamination des professionnels comme des familles. 

Depuis, les mesures sanitaires ont été assouplies, autorisant à nouveau la toilette funéraire pour les personnes contaminées, la possibilité de voir le défunt avant la fermeture du cercueil et le report des obsèques jusqu’à six mois après le décès. 

L’organisation d’une cérémonie est quand même possible actuellement ? 

Oui mais dans la stricte limite du cercle des intimes avec 20 personnes au maximum. Pour remédier à cette situation des familles ont donc décidé de diffuser les funérailles en direct sur les réseaux sociaux et certaines vidéos sont vues des milliers de fois par les proches. Ces cérémonies d’hommage ont un rôle majeur pour la famille ou les amis. 

Marie Frédérique Bacqué, professeur de psychopathologie clinique, explique que « le processus de deuil dépend de la réaction collective de la société qui organise littéralement le rite funéraire pour cadrer les émotions liées à la perte ».

Pour Gaelle Clavandier, le deuil est une phase dont l’élaboration commence dans un deuxième temps. La première phase est la séparation avec le corps du mort. Or le contexte du Covid a mis à l’épreuve cette étape et avec la pandémie c’est tout notre rapport à la mort qui est transformé et qui nous oblige à repenser ces rituels. 

Et comment ? 

Gaelle Clavandier évoque la possibilité d’organiser plus tard un temps de souvenir avec des hommages cérémoniels à titre privé ou collectif comme cela se passe lors de catastrophes naturelles ou de morts de masse. De même les corps, dont la famille aura fait le choix d’une inhumation provisoire, pourront être réinhumés dans une sépulture définitive selon les rituels choisis. 

Marie Frédérique Bacqué poursuit en suggérant également de penser à des secondes funérailles. On retrouve ces funérailles différées ou doublées dans de nombreux pays. Alors pourquoi dit-elle ne pas considérer, après ces premières obsèques précaires et fragiles, des secondes plus complètes. 

Cette question du deuil et des pratiques funéraires est centrale dans la crise que nous traversons et nous y reviendrons dans Le Virus au Carré cet après-midi, avec vos questions et vos témoignages. 

  • Légende du visuel principal: le processus de deuil dépend de la réaction collective de la société qui organise littéralement le rite funéraire pour cadrer les émotions liées à la perte ». © Getty / Horacio Villalobos/Corbis
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