Au printemps 2010, les scientifiques Stéphanie Girardclos et Katrina Kremer tombent par le plus grand des hasards sur la trace d’un glissement de terrain sous-lacustre ayant provoqué un raz-de marée de 13 mètres de haut sur le lac Léman.

On croyait les lacs tranquilles... Ici le lac Léman
On croyait les lacs tranquilles... Ici le lac Léman © Getty / Peter Giovannini

2010 : les géologues de l’Université de Genève Stéphanie Girardclos et Katrina Kremer sont à bord de la Licorne pour une mission de cinq jours. Leur objectif : sonder les sédiments du lac Léman. Ils recherchent d’anciennes traces de crues. Après seulement quelques minutes de mesures c’est la stupéfaction. Sur leur écran de contrôle, apparaît une anomalie : d’énormes masses de sédiments sur une surface de plusieurs kilomètres carrés. Ces volumes ne peuvent s’expliquer que par un événement colossal. Les deux scientifiques viennent de tomber par le plus grand des hasards sur la trace d’un glissement de terrain sous-lacustre ayant provoqué un gigantesque un raz-de marée sur le Léman.

Avec l’aide du carbone 14, les deux chercheuses datent les sédiments entre 381 et 612 de notre ère. La découverte ramène les deux scientifiques au début du Moyen-Âge en 563 très précisément. 

Et que s’est-il passé exactement à cette époque ? 

Une catastrophe en chaîne qui s’est déroulée en trois étapes. Tout a commencé avec l’effondrement d’un gigantesque pan de montagne qui s’appelle à ce moment-là le Tauredunum, et qui porte aujourd’hui le nom de la Suche. L’éboulement se produit dans le delta du Rhône. Lorsqu’elle arrive au sol, cette énorme masse de matière provoque la déstabilisation de 250 millions de m3 de sédiments et entraîne avec elle le déplacement d’un énorme volume d’eau. Une simulation numérique de l'évènement a montré qu’après l’écroulement, la vague de 13 mètres n’a mis que 15 minutes pour atteindre Lausanne. Lorsqu’elle touche Genève 55 minutes plus tard elle mesure encore 8 mètres de haut ce qui est considérable. En déferlant sur le rivage, le raz de marée est suffisamment puissant pour frapper les premiers murs de la ville. 

Resté pendant longtemps une catastrophe légendaire, le tsunami du lac Léman est devenu réalité grâce à la science. C’est en 2012 que Stéphanie Girardclos et Katrina Kremer publient leur article sur le tsunami du Léman dans la revue Geoscience. 

Mais une énigme demeure pour nos géologues… 

Si un tsunami a eu lieu en 563, d’autres ont-ils pu exister avant ou après ? 

En sondant les profondeurs du lac, les deux scientifiques ont recueilli des données qui montrent d’autres déplacements massifs de sédiments. En tout ce sont six tsunamis qui se seraient succédés sur une période de 3750 ans

Le plus récent aurait eu lieu en 1584 et son origine serait un tremblement de terre. 

On imaginait les lacs placides et sans danger et pourtant ces raz de marée lacustres existent bien. Et selon les chercheuses les rives du Léman ne sont pas à l’abri d’un nouvel événement. Sauf que personne ne peut prédire la survenue d’une telle catastrophe. 

Pierre Yves Frei et Sandra Marongiu publient un ouvrage sur ce tsunami du lac Léman. Il vient de paraître aux Presses polytechniques et universitaires romandes. 

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