C’est une idée aussi obscure que lumineuse : des zones sans aucun éclairage, organisées en réseau, comme des corridors – ou une grande trame noire, donc - pour s’adapter au maximum aux parcours et besoins des espèces animales ou végétales, gênées par nos réverbères, vitrines, et néons...

Une trame noire pour lutter contre la pollution lumineuse
Une trame noire pour lutter contre la pollution lumineuse © Getty / Dneutral Han

Obscure parce que concrètement, il s’agit de laisser place à la nuit, Nicolas : des zones sans aucun éclairage, organisées en réseau, comme des corridors – ou une grande trame noire, donc - pour s’adapter au maximum aux parcours et besoins des espèces animales ou végétales, gênées par nos réverbères, vitrines, néons, écrans, ou bureaux allumés. Ces lueurs artificielles, qui augmenteraient de 2% par an à l’échelle de la planète d’après une étude britannique publiée dans la revue Nature, Ecology and Evolution, perturbent la biodiversité.

De quelle manière ?

Et bien si vous êtes une chauve-souris, ou une petite luciole, tiens, vous avez besoin du noir, et donc s’il y a trop de lumière – surtout blanche, ou bleue, vous allez déménager, ou disparaître. Tout l’habitat est menacé. Les oiseaux, eux, ne vont pas trouver le sommeil, c’est pour ça que vous les entendez chanter parfois en venant travailler au milieu de la nuit, tandis que le plancton, ou certains insectes, attirés par la lumière, et totalement désorientés, vont être piégés et mangés bien plus facilement par les prédateurs… 

Et c’est pareil pour les plantes ! « Y’a plus de saisons » pourraient-elles dire, vu qu’elles auraient du mal à faire la différence entre une lumière d’été et une enseigne allumée en plein hiver, quelle tristesse… On voit d’ailleurs des conséquences sur le bourgeonnement et sur la pollinisation, précise encore cette méta-anaylse qui compile 126 études sur la pollution lumineuse.

Mais ce n’est pas un phénomène récent, si ?

Non, les astronomes, qui ont assisté à l’évanouissement de notre ciel étoilé face aux lumières dans la nuit, lançaient des alertes dès la fin des années 1950, avec une demande de « protection de la qualité du ciel nocturne » à Flagstaff, Arizona, où fut découverte au passage Pluton en 1930… Mais la dimension environnementale arrive plus tard… Juste avant le Grenelle en 2007 en France, où des actions locales commencent à se mettre en place. Avec en particulier ce concept de trame noire... qui demande beaucoup de coordination ! 

Même les scientifiques ont du mal à s’y retrouver, car chaque espèce a ses propres besoins : imaginez ce qu’il faut pour le parcours des oiseaux migrateurs lors de leur passage dans la Vallée du Rhône par exemple ! Pendant qu’au sol, les crapauds ont un autre chemin, sur une distance beaucoup + courte bien sûr. Tout éteindre n’est pas possible, c’est pour cela que ce « réseau écologique sombre » doit être réfléchi, et synchronisé. Comme une grande toile qui se tisse au milieu des halos artificiels. Et que nous parcourrons cet après-midi dans la Terre au Carré avec l’ami Mathieu Vidard et le chercheur en géographie de l’environnement Samuel Challeat.

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