Mathieu, ce matin dans l’édito carré, l’histoire d’une éruption volcanique aux conséquences inattendues.

Et l’événement dont je vais vous parler concerne l’éruption de lave la plus dévastatrice de toute l’histoire de l’Islande et c’est l’objet d’une étude publiée il y a quelques jours dans la revue Climatic change

Tout commence au Xe siècle dans le sud du pays avec une éruption phénoménale provenant de la fissure éruptive du volcan Eldgja dont le nom signifie littéralement « la gorge de feu »… tout un programme… 

Cette éruption colossale a entrainé d’énormes coulées de lave qui ont totalement englouti le paysage. Le tout dans un nuage de dioxyde de souffre qui devait rendre l’air irrespirable.

Sauf que jusqu’à maintenant, la date de la catastrophe demeurait incertaine. C’est la raison pour laquelle les scientifiques du département de géographie de l’Université de Cambridge ont voulu dater précisément l’événement pour en étudier toutes les conséquences.

Et comment ont ils procédé ? 

Ils se sont appuyés sur les indices contenus dans les carottes de glace du Groenland qui ont conservé la mémoire des retombées volcaniques venues du voisin Islandais ; ainsi que dans les cernes de croissance des arbres. On peut en effet lire le passé climatique en étudiant les cernes du bois. Cette discipline s’appelle d’ailleurs la dendrochronologie.

Grâce à ces différents éléments, l’éruption a été datée entre le printemps 939 et l’automne 940. Cette période correspond à l’arrivée des premières générations de colons islandais. Selon les scientifiques, il est même probable que certains des premiers migrants aient été directement témoin de la catastrophe.

Ce qui est sûr c’est que le monde entier a ressenti les effets dévastateurs de l’éruption. En témoignent de nombreux récits de l’époque qui rapportent un soleil très inhabituel de couleur rouge sang. 

Les cernes des arbres indiquent en outre, que le climat s’est brutalement refroidi avec des hivers longs et des étés exceptionnellement froids ayant entrainé pénuries alimentaires et famines depuis l’Europe du Nord jusqu’à la Chine.  

Mais le plus étonnant ce sont les conséquences de cette éruption sur la société Islandaise elle même. 

Et qu’ont découvert les scientifiques ? 

Des éléments très intéressants dans le poème médiéval le plus célèbre de l’Islande « La prophétie de la voyante ». Composé en 961, ce texte décrit deux choses : d’abord une terrible éruption :

le soleil commence à noircir, la terre sombre dans la mer, les étoiles brillantes se dispersent dans le ciel, la vapeur jaillit avec ce qui nourrit la vie, les flammes volent haut jusqu’aux cieux eux mêmes 

Et puis ce texte évoque aussi la fin d’un monde : celui des païens avec l’arrivée d’un nouveau dieu unique. 

Les chercheurs britanniques suggèrent dans la conclusion de l’étude que les vers du poème auraient délibérément ravivé le souvenir de l’éruption apocalyptique de 939, afin de marquer durablement les premiers colons et entrainer un changement culturel et religieux massif. 

Pour les populations traumatisées par le volcan dévastateur ; adopter un nouveau dieu a pu sembler un choix judicieux. 

Quelques années plus tard en l’an 1000 le peuple islandais se convertissait au christianisme. 

Voilà donc comment un volcan et un poème ont pu servir d’outil de propagande religieuse

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Eruption volcanique en Islande © Getty / Urbancow
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