Un nombre croissant de travaux fait état de différences entre les deux sexes quant à la perception de la douleur. Mais dans ce domaine, on peut lire tout et son contraire : "C’est prouvé scientifiquement, les hommes sont plus douillets" comme "selon une étude les femmes sont plus sujettes à la douleur"…

Douleur : quelle différence entre les hommes et les femmes
Douleur : quelle différence entre les hommes et les femmes © Getty / Sarinya Pinngam / EyeEm et RunPhoto

La douleur est un sujet important car elle représente l’un des tout premiers motifs de consultation médicale. Mais elle repose avant tout sur le ressenti de la personne, ce qui la rend difficile à quantifier et à qualifier. Cependant, la littérature scientifique semble montrer que le ressenti n’est pas le même et que les femmes ont plus de douleurs que les hommes. 

Les études de prévalence montrent une différence importante entre les deux sexes : 37% de la population féminine aurait des douleurs chroniques contre 28% pour les hommes.

Le rôle des hormones dans la perception de la douleur

Concernant la perception de la douleur, et sans être la seule explication possible, le rôle des hormones serait au cœur de ces différences physiologiques en jouant sur la modulation des ressentis douloureux. 

Delphine Lhuillier (médecin de la douleur) explique que le système hormonal féminin dominé par les œstrogènes et la progestérone, défend moins bien le corps contre une information douloureuse que le système hormonal masculin assimilé à la testostérone. Cette hormone a tendance à réduire naturellement l’excitabilité des neurones conduisant l’information douloureuse. 

Chez les femmes, ce déséquilibre est d’autant plus vrai que les hormones féminines fluctuent au cours du cycle menstruel.

À stimulation douloureuse égale, les femmes ressentiraient donc plus la douleur que les hommes. 

Les femmes sont aussi plus fragilisées par des facteurs comme l’anxiété ou la dépression, qui sont deux fois plus fréquentes que chez l’homme. Or, on sait que la dépression influence aussi la sécrétion hormonale. 

Chez des femmes qui ont été traitées pour dépression et qui ne le sont plus, lorsqu’on les compare à des femmes n'ayant jamais fait d'épisode dépressif, on se rend compte que face à la douleur, elles sécrètent moins d’endorphine que celles qui n’ont jamais eu d’antécédent de dépression. L’endorphine c’est cette hormone qui a une capacité analgésique. 

Est-ce que ces connaissances pourraient modifier la prise en charge de la douleur ? 

Cela représente effectivement de nouvelles pistes car les inégalités entre les hommes et femmes peuvent influer sur l’état de santé et la qualité des soins, l’expression d’une même douleur pouvant être différente. Par exemple, aux urgences, face à une douleur aiguë, les médecins semblent prescrire plus d’antalgiques aux hommes et de tranquillisants aux femmes. Ces dernières inscrivant plus facilement la douleur dans le registre émotionnel plutôt que descriptif.

Comprendre les différences du vécu douloureux entre les deux sexes peut offrir des informations précieuses pour une prise en compte différenciée des personnes pour, in fine, être soigné au mieux.

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