On s'interroge sur ce que la crise du coronavirus a révélé du système alimentaire.

Dès les premiers jours de l’épidémie la question des chaînes d’approvisionnement des aliments est devenue un sujet central. L’inquiétude s’est d’ailleurs très vite emparée des consommateurs qui se sont rués dans les rayons des supermarchés. Et puis début avril, le spectre d’une crise mondiale a été attisé par trois organisations, la FAO pour l’alimentation, l’OMC pour le commerce et l’OMS pour la santé, qui craignaient des pénuries injustifiées de produits essentiels et l’exacerbation de la faim et de la malnutrition. 

Et même si les pays développés n’ont finalement pas connu ces pénuries, en l’espace de quelques jours, le coronavirus a mis au grand jour les risques et les défauts du système actuel concernant nos modes de productions et de consommation à moyen terme. 

De quelle façon ? 

La crise a révélé, par exemple, une hyper-spécialisation de certaines régions sur des monocultures, une dépendance aux importations et exportations et une très forte pression sur la main-d’œuvre agricole pour maintenir la compétitivité des exploitations. 

Le socio-économiste, Nicolas Bricas, joint pour La Terre au Carré, souligne qu’avec la fermeture des frontières, nous avons réalisé à quel point nous manquions de main-d’œuvre étrangère. Une main-d’œuvre efficace, souvent surexploitée et mal logée dans notre pays, et qui s’est avérée très difficile à remplacer par de la main-d’œuvre française. 

Une crise qui a aussi révélé l’importance des autres métiers de l’ombre du système alimentaire comme les manutentionnaires ou les caissières et caissiers qui, malgré l’épidémie, sont quand même allés travailler. 

Malgré toutes ces fragilités et un système à flux tendu, l’ensemble a tenu car il n’y a pas eu d’arrêt total du travail.

En revanche, la crise du Covid a aggravé les inégalités en termes de malnutrition et a fait basculer dans la faim des dizaines de millions de personnes

Un phénomène à l’échelle de la planète ? 

Le phénomène est planétaire puisque, dans tous les pays qui ont été frappés par le coronavirus, des plus riches aux plus pauvres, la malnutrition a gagné de nouvelles populations. Dans un article publié dans le Monde, Mathilde Gérard raconte que dans les rues de Genève, l’une des villes les plus fortunées du globe, se sont formées chaque samedi des files de personnes, sur plusieurs centaines de mètres, pour recevoir des paniers alimentaires. 

Dans les bidonvilles du Bangladesh, des familles sans emplois ont dû se contenter de poignées de riz pour se nourrir et en France, des étudiants privés de restaurant universitaire et de petit boulot, ont du faire l’économie d’un repas dans la journée pour tenir le coup. Cette crise est d’abord celle de la demande et de l’accessibilité à l’alimentation, observe Nicolas Bricas. L’occasion de repenser un système alimentaire, car celui-ci est malade et génère trop d’inégalités, il est aussi trop coûteux en ressources et en énergie. 

  • Légende du visuel principal: Ici à Toulouse, distribution de paniers AMAP pendant le confinement © AFP / Celine Gaille
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.