Notre consommation numérique a aussi un impact énergétique important. Que nous prenions des nouvelles de nos amis sur Facebook, que nous envoyions un mail ou que nous regardions le dernier épisode de cette série palpitante sur Netflix, notre boulimie numérique se traduit par une énorme pollution invisible.

Énergie et numérique
Énergie et numérique © Getty / Francesco Carta fotografo

La fabrication et la consommation électrique de tous nos équipements accaparent en effet des quantités importantes de ressources en eau, en énergie ou en minerais rares en portant préjudice à l’environnement et en aggravant le  réchauffement climatique. 

Le 2 mars sur le site The Conversation, Fabrice Flipo, professeur à l’Institut Mines-Télécom d’Evry, signait un article concernant la situation en France et intitulé L’inquiétante trajectoire de la consommation énergétique du numérique

Il réagissait d’abord aux conclusions optimistes du Conseil général de l’économie, de l’industrie de l’énergie et des technologies (le CGEIET) qui dans un document montre une stagnation de la consommation numérique. Selon cet organisme, l’essor des très énergivores data centers et des smartphones serait compensé par le déclin de la télévision et des PC, ainsi que par une stabilisation du temps passé devant les écrans le tout dans un contexte de plein équipement des ménages français.

Il n’y aurait donc pas de raisons de s’inquiéter. Pourtant affirme Fabrice Flipo, même si l’on observe un mieux dans la consommation, il y a des limites physiques au progrès énergétique qu’il ne faut pas négliger : 

La cause principale de la réduction de la consommation est la miniaturisation grandissante des supports numériques. 

Or il existe une vraie barrière infranchissable à la fabrication de puces de plus en plus petites pour stocker de l’information. Pour aller au-delà de ce minimum il faudrait des ordinateurs quantiques dont la puissance de calcul est indépendante de la consommation énergétique. Problème : ces supercalculateurs ne seront pas au point avant longtemps

En attendant, l’efficacité énergétique va ralentir puis s’arrêter. Mais pas le trafic Internet qui est multiplié par 10 tous les dix ans. Il faut donc s’attendre à une augmentation spectaculaire de la consommation d’électricité dans les prochaines années

Et aujourd’hui l’essor des technologies numériques représente déjà 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre

Alors que faire ?

Sans doute exactement l’inverse de ce que prévoit l’industrie écrit Fabrice Flipo qui n’y va pas avec le dos de la cuillère : il préconise ainsi d’interdire ou à défaut de décourager l’usage de la vidéo à ultra-haute définition en 5K ou 8K, de réserver l’Intelligence artificielle à des usages restreints à forte utilité sociale ou environnementale, de limiter drastiquement la puissance de l’e-sport ces jeux vidéo qui utilise une énergie considérable pour plonger les joueurs dans un univers de plus en plus réaliste et enfin de ne pas déployer la 5G à grande échelle au risque de surmultiplier la consommation de données et le trafic dans les réseaux. 

Il faut prendre conscience des enjeux et se réveiller conclue Fabrice Flipo qui sera l’invité de la Terre au Carré cet AM. 

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