On entend de plus en plus cette petite musique qui consiste à se demander si finalement la population aurait vraiment dû être confinée ? Élément de réponse ce matin dans l'édito carré avec l’épidémiologiste Antoine Flahault

Alors qu’en France métropolitaine, la situation commence tout juste à s’améliorer avec une épidémie de Covid-19 désormais sous contrôle, on entend de plus en plus cette petite musique qui consiste à se demander si finalement la population aurait vraiment dû être confinée ? 

Pour répondre de façon la plus objective possible à cette question qui ne manquera pas de susciter des débats houleux dans les prochaines semaines, nous avons demandé pour la Terre au Carré à l’épidémiologiste Antoine Flahault si vraiment une telle option aurait été envisageable…

Et alors que vous a- t-il répondu ? 

Qu’il aurait fallu que notre pays réponde à deux conditions qui en l’occurrence n’ont pas été réunies. 

D’abord il n’y a pas eu un large consensus dans la population française sur l’analyse de la situation comme ça a été le cas très rapidement en Allemagne, en Suisse ou en Corée. 

Chez nous les débats ont pris beaucoup de temps à tous les échelons pour savoir si nous étions face à une « grippette » ou face à un phénomène plus grave. La France et ses responsables politiques ont perdu un temps précieux à tergiverser et à percevoir la situation à sa juste gravité analyse Antoine Flahault. Ce sont les pays qui ont réagi précocement qui ont obtenu les meilleurs résultats comme en Nouvelle-Zélande. Aujourd’hui avec 22 décès au total ce pays de 5 millions d’habitants annonce qu’il n’a plus un seul malade sur son territoire.

Il semble que dans des pays comme la France enlisés dans des débats sans fin sur l’ampleur et la sévérité de l’épidémie, il n’aurait pas été possible de faire passer des dispositions extraordinairement contraignantes dans les tous premiers jours de l’épidémie. 

Y avait-il d’autres conditions pour ne pas confiner ? 

Oui toujours selon Antoine Flahault il aurait fallu mener comme en Allemagne ou en Corée, une politique ambitieuse de dépistage. Le fait de tester explique t-il n’est pas seulement un acte diagnostic, c’est aussi un acte qui s’est révélé préventif. En effet une personne identifiée comme positive a plus tendance à s’auto-isoler et à rechercher spontanément et précocement les personnes avec lesquelles elle aurait pu avoir des contacts contaminants. Alors que la France n’avait réalisé que 400000 tests au cœur de l’épidémie, les allemands en étaient déjà à plus de 2 millions. 

Toutes les conditions n’étaient donc pas réunies pour que la France ne soit pas confinée et ne plonge pas les services sanitaires au bord de la rupture. 

Ce qu’il faut désormais éviter c’est un éventuel « reconfinement » généralisé en cas de deuxième vague épidémique. Une situation toujours possible puisque le virus continue de circuler dans notre pays. Mais il est très difficile d’imaginer que la population puisse accepter de se soumettre à un nouvel épisode de confinement. 

Nous y reviendrons cet après-midi dans la Terre au Carré en faisant un point épidémiologique sur le Covid-19.

  • Légende du visuel principal: Aurait-on pu ne pas confiner ? © Getty / Justin Paget
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