Quelle est la juste taille d’une ville ? Dans "Mesure et démesure des villes", le philosophe Thierry Paquot a réfléchi à la question en revisitant les thèses de nombreux auteurs à travers l’histoire.

Dans le quartier d'affaires de la ville de Hong-Kong
Dans le quartier d'affaires de la ville de Hong-Kong © AFP / Theerawat Kaiphanlert

"Mesure et démesure des villes"

Même si tout le monde sait de quoi l’on parle, la ville reste un objet encore mal défini. Et aussi étonnant que cela puisse paraître, même les universitaires peinent à accorder leur violon sur une définition universelle, la taille minimale de la population d’une ville variant d’un pays à l’autre. Dans un essai qui paraît aux éditions du CNRS Mesure et démesure des villes, le philosophe Thierry Paquot réfléchit donc à cette question en revisitant les propositions de nombreux auteurs à travers l’histoire. Dans un contexte où les projets pharaoniques sont souvent légion, la décroissance des mégalopoles apparaît en tous les cas comme un impératif pour répondre aux enjeux sociaux et écologiques. Et Thierry Paquot de s’inspirer de penseurs de l’écologie politique comme l’autrichien Ivan Illich pour dénoncer la contre productivité des villes gigantesques. 

Pour les très grandes villes posent-elles question ? 

Et bien parce que passé un certain seuil quantitatif, tout se met à dysfonctionner dans une ville : les transports, le traitement des déchets, la criminalité ou les circuits d’approvisionnement. 

Lorsque la ville devient trop grosse, trop peuplée et trop étendue elle n’est plus en mesure de fournir autant de services à chacun

Les énormes agglomérations sont surconsommatrices de ressources en tout genre (denrées alimentaires, eau, énergie, sol, béton ou infrastructures) et sont responsables de la plupart des déséquilibres éco-systémiques. Tout devient alors budgétivore ou énergivore avec une empreinte carbone irraisonnable écrit Thierry Paquot. 

À quoi ressemble la ville taillée sur mesure ? 

On pourrait reprendre le titre du best-seller de l’économiste Fritz Schumacher publié en 1973 Small is beautiful ouvrage dans lequel il préconise une population d’environ 500 000 habitants considérant qu’au-delà, les individus ne sont plus des citoyens mais des personnes « errantes » parcourant quotidiennement d’inutiles kilomètres pour se rendre de leur maison au travail en passant faire les courses et chercher leurs enfants. 

Mais l’on peut aussi carrément remonter à l’Antiquité et à Platon qui dans Les lois indiquait que la population idéale d’une cité devait être composée de 5040 foyers. Ne me demandez pas pourquoi, mais féru de numérologie pythagoricienne, Platon trouvait dans ce chiffre des propriétés arithmétiques parfaites. 

En réalité, conclut Thierry Paquot, il n’existe aucun nombre fétiche et aucune limite démographique sur la taille idéale d’une ville. Mais ce qui prime avant tout c’est l’habitabilité qui donne à la ville une dimension décente où il fait bon vivre et qui relève d’une perception subjective, tout comme celle d’une maison ou d’un appartement. L’habitabilité dépend des parcours qui conduisent chez soi, des lieux que l’on traverse quotidiennement, des ambiances que l’on apprécie et du charme qui en émane. Elle échappe à la norme et au modèle… 

►►► LIRE - Mesure et démesure des villes chez CNRS éditions, par Thierry Paquot

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