Ce matin dans l’édito carré, un phénomène venu du Japon.

On les appelle les  « Hikikomori ». Ce terme qui signifie « se retrancher » désigne un problème social majeur observé depuis les années 90 dans l’Empire du soleil levant et qui prend de plus en plus de proportion. Il touche là-bas près d’un adolescent sur cent, certain n’hésitant pas à parler d’épidémie. 

Les Hikikomori décident en général de se couper radicalement de la société pour une durée indéterminée en se murant la plupart du temps dans leur chambre avec un désintérêt total pour le monde réel. 

Ce thème a abondamment inspiré le cinéma, le théâtre ou la littérature et il y a quelques jours, la maison de la culture du Japon à Paris, présentait une comédie directement inspirée par ce syndrome. Le metteur en scène de cette pièce Hideto Iwaï est lui-même resté cloitré de l’âge de 16 à 20 ans avec pour seule passion le visionnage des matchs de catch à la télévision. 

Sa pièce racontait le point de bascule qui lui a permis de sortir de l’enfermement et de s’engager ensuite dans une association d’aide aux jeunes reclus. 

Est-ce que l’on sait pourquoi ces adolescents décident de mettre un jour leur vie entre parenthèse ?

En 2014 une équipe de recherche franco-japonaise a travaillé ensemble pour tenter de décrire cette conduite de réclusion à domicile et comprendre ce phénomène qui émerge aussi dans nos sociétés ; plusieurs cas ayant été identifiés en France. 

Alors ce sont principalement des garçons qui après un échec ou un conflit dans le domaine amoureux, amical ou familial, se retrouvent dans l’impossibilité de se positionner du côté de leurs semblables. Face à la pression sociale ou familiale, ils préfèrent briser les liens, se retirer de la société et s’installer dans un autre espace-temps. Et là, dans le huit clos de la chambre, les repères sociaux s’envolent laissant défiler les mois et les années.

Ce syndrome est souvent mis en relation avec un usage excessif  des écrans, mais selon le psychiatre Serge Tisseron c’est loin d’être toujours le cas.

Dans notre pays, certaines pathologies de troubles anxieux, de phobie sociale ou de décrochage scolaire peuvent se croiser avec le phénomène des Hikikomori même si ce trouble n’est pas reconnu en France comme une catégorie en tant que tel. 

Et quel est le déclic qui permet à ces Hikikomori de sortir de leur enfermement ? 

Souvent les parents. Il faut d’ailleurs relativiser le retrait de ces jeunes qui même dans la claustration entretiennent des relations familiales en prenant par exemple un repas journalier ou en allant faire des courses. 

Chez ces garçons qui en général ne sont pas des rebelles, c’est la loyauté et la culpabilité qui permet un retour à la normale avec une prise en charge psychologique. 

La fascination réciproque entre les français et les japonais a contribué à l’intérêt que nous portons à ce phénomène des Hikikomori. 

Et le 22 juin prochain au ciné 104 à Pantin une soirée débat leur sera consacrée avec la projection du film « De l’autre côté de la porte ». 

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.