À 19h hier, une équipe de chercheurs annonçait la découverte d'une nouvelle espèce humaine, "Homo Luzonensis", aux Philippines. Mais la question se pose déjà : peut-on réellement affirmer qu’il s’agit bien d’une nouvelle humanité ?

L'équipe de fouilles dans la grotte de Callao, située sur l’île de Luzon, au Nord des Philippines
L'équipe de fouilles dans la grotte de Callao, située sur l’île de Luzon, au Nord des Philippines © Callao Cave Archaeology Project

On doit cette dernière découverte à une équipe internationale dirigée par le paléoanthropologue Florent Détroit du Muséum National d’Histoire Naturelle lors de fouilles effectuées sur l’île de Luzon aux Philippines. Les dents et les os des pieds de trois individus sont datés de 50 000 à 67 000 ans. Ces fossiles qui sont les plus anciens restes humains connus aux Philippines, permettent de combler un vide chronologique en offrant une image de ce qui s’est passé dans cette partie du monde il y a moins de 60 000 ans. 

L’annonce d’une nouvelle espèce humaine a toujours auprès du public un indéniable effet « Wahou » et les grandes revues scientifiques en sont friandes. Pourtant derrière le travail remarquable de cette  équipe une question se pose déjà…

Peut-on réellement affirmer qu’il s’agit bien d’une nouvelle humanité ? 

Les choses ne sont pas si simples. Les auteurs de ce travail ont certes trouvé des caractéristiques morphologiques inédites et primitives qui n’ont jamais été observée chez aucune autre espèce du genre Homo. 

Les prémolaires de ce nouveau venu dans la famille humaine présentent par exemple trois racines et la phalange du pied une courbure très marquée. Mais faut-il pour autant définir une nouvelle espèce sur ces critères ? Selon le paléoanthropologue José Braga si l’on cherchait vraiment ces traits morphologiques dans des échantillons archéologiques d’humains actuels, on finirait sans doute par en trouver. Mais la tâche est compliquée.

Qu’est ce qui définit une espèce humaine ? 

D’un point de vue biologique c’est son incapacité à produire une descendance fertile lorsqu’elle rencontre une autre espèce

Or on constate une certaine porosité entre les espèces que nous imaginons pourtant comme des entités hermétiques. Prenez l’exemple de l’homme de Neandertal. Il y a moins de dix ans les chercheurs révèlent que nous possédons dans notre génome 2% de gènes néandertaliens qui sont le fruit d’un métissage entre Neandertal et nos ancêtres européens. Certains considèrent depuis que Neandertal et Homo Sapiens appartiennent à la même espèce puisqu’il y a eu échange de gènes dont nous avons hérité.

L’histoire évolutive de l’homme est très complexe et sujette à controverses. Ce qui est très intéressant avec la découverte d’Homo Luzonensis, comme avec celle de l’homme de Florès en Indonésie, c’est l’histoire qu’elle raconte d’une population qui se retrouve totalement isolée sur une île, qui ne peut donc plus échanger ses gènes avec d’autres humains et qui va « dériver » génétiquement et morphologiquement. 

Reste maintenant à mettre la main sur l’ADN de ce nouvel Homme pour savoir si par hasard nous ne porterions pas un peu de ses gènes en nous…

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