On doit ce canular à un trio d’américains composé d’une journaliste, d’un professeur en philosophie et d’un chercheur en mathématiques. À l’origine de leur supercherie le constat que quelque chose ne tourne pas rond dans certains domaines académiques des sciences humaines et sociales.

L'histoire d'un canular scientifique
L'histoire d'un canular scientifique © Getty / Alice Mollon

C'est le cas en particulier dans ce qu’ils appellent les « grievance studies » qu’on pourrait traduire par les « études de griefs » ou « études victimaires » : un champ scientifique qui regroupe des sujets de société lié augenre, au racisme ou à la sexualité. 

L’objectif pour les trois auteurs était de dénoncer les dérives de l’idéologie politique et la falsification de la connaissance au plus haut niveau. 

Pour ce faire, ils ont passé une année à rédiger vingt faux articles universitaires totalement extravagants qu’ils ont soumis à de respectables revues à comité de lecture chargées de les évaluer. 

  • • L’un d’eux prétendait étudier la culture du viol canin dans un parc à chiens de l’Oregon
  • • Un autre proposait de créer une nouvelle discipline sportive le « bodybuilding gras » pour lutter contre l’oppression du bodybuilding envers les personnes obèses
  • • Un autre enfin suggérait que les hommes se mettent à utiliser des sex-toys pénétratifs afin de faire progresser les valeurs féministes et la lutte contre la transphobie. 
  • ...

Quel a été le résultat de cette supercherie ? 

Parmi les vingt articles bidonnés, sept ont été acceptés par des revues et quatre d’entre eux ont été publiés en ligne. En tout six articles seulement ont été rejetés. 

Certaines de ces pseudos recherches ont été jugées par les pairs, formidables, incroyablement novatrices et apportant une contribution importante à la connaissance compte tenu des questions théoriques posées. 

Et maintenant ? Que penser de cette démarche ?

L’opération menée par ces trois américains a été diversement accueillie et parfois même sévèrement critiquée pour son propre manque d’éthique et le caractère stigmatisant des domaines de recherche qu’elle pointe. Sur Internet le débat fait rage. 

Si pour certains ce canular démontre un phénomène inquiétant : le fait que les revues les plus en vues n’aient pas fait la distinction entre un intérêt réel et des âneries moralement troublantes, pour d’autres, il ne nous apprend rien sur le fonctionnement réel du système et la publication d'un document de mauvaise foi basé sur des données frauduleuses ne prouve rien sur l'état d'un domaine de recherche.

Cette semaine, un chercheur qui commentait cette supercherie écrivait qu’il n’y a aucune raison de conclure que tous les universitaires sont pourris et qu’il n’est pas important de consacrer une attention sérieuse et des moyens à l’étude du sexe, du genre et de l’identité. 

Ce canular qui voulait faire parler de lui est en tous les cas parvenu à son objectif. 

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