Selon Guillaume Blanc, plus la nature disparaît en Occident et plus nous la fantasmons en Afrique en voulant absolument la protéger. Une idée fausse qui serait l’expression d’un colonialisme vert servant les intérêts des dirigeants africains et européens et des grandes organisations environnementales.

Deux girafes au lever du soleil
Deux girafes au lever du soleil © Getty / FrankvandenBergh

L’histoire commence comme dans le Roi Lion. Nous sommes en Afrique, au milieu des forêts vierges et des montagnes majestueuses. La savane est à perte de vue, les fleuves puissants et spectaculaires et une faune sauvage qui semble tout droit sortie de l’arche de Noé. Il s’en dégage un sentiment d’éternité et une émotion rassurante face aux dégâts causés partout ailleurs par la modernité. 

Mais cette Afrique-là n’existe pas et elle n’a jamais existé. Et le problème c’est que nous sommes convaincus du contraire. Ainsi s’exprime l’historien de l’environnement Guillaume Blanc dans « L’invention du colonialisme vert, pour en finir avec le mythe de l’Eden africain » publié chez Flammarion.  

Dans cet ouvrage ce spécialiste de l’Afrique contemporaine montre que plus la nature disparaît en Occident et plus nous la fantasmons en Afrique en voulant absolument la protéger. Une idée fausse qui serait l’expression d’un colonialisme vert servant les intérêts des dirigeants africains et européens et des grandes organisations environnementales.  

Et sur quoi se construirait ce mythe de l’Eden africain ?   

Sur la sanctuarisation du territoire. Guillaume Blanc prend comme exemple les parcs naturels qui jouent un rôle central dans cette idéologie. Et il s’attaque aux institutions de la conservation en affirmant qu’elles « ne protègent pas la nature africaine, mais une idée coloniale de l’Afrique ».  

L’historien qui a eu accès aux archives des entreprises de conservation prend l’exemple du parc national du Simien en Ethiopie. En 1963, l’Unesco et le WWF dont nombre « d’experts » sont à l’époque d’anciens administrateurs coloniaux et des chasseurs reconvertis, ont demandé à l’Etat éthiopien « d’abolir tous les droits humains » en expulsant les populations, en interdisant l’agriculture et en faisant disparaître les champs et les pâturages pour créer un monde prétendument naturel où l’homme n’existe pas. En bref il fallait sauver l’Afrique des Africains pour répondre aux normes conservationnistes.  

Et cette situation perdure ?  

"Ce combat pour une Afrique fantôme", écrit Guillaume Blanc, "se poursuivrait toujours avec des institutions qui au nom de l’écologie exigent des Etats africains qu’ils déplacent des populations et les condamnent à des amendes ou à des peines de prison en cas de pratiques de la chasse ou du pastoralisme".

L’Afrique compte 350 parcs nationaux et au moins un million de personnes auraient été expulsées des aires protégées africaines au XXe siècle pour permettre la mise en place des politiques environnementales. Politiques Européennes mises en œuvre par des Etats africains qui répondraient aux injonctions des institutions internationales de la conservation.  

Ce livre a charge n’a pas manqué de faire réagir les ONG visées qui reprochent à Guillaume Blanc d’être en total décalage avec les réalités actuelles des actions de conservations qui condamnent le recours à la violence ou le déplacement forcé de populations. Elles l’accusent aussi de prendre l’exemple de l’Ethiopie et de le généraliser à l’ensemble du continent africain.  

Guillaume Blanc sera cet après-midi l’invité de la Terre au carré. 

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