Peut-on sans conséquences ramener à la vie un virus congelé depuis des milliers d'années ? Quelles conséquences le réchauffement climatique peut-il avoir sur les virus lorsqu'ils sont mis à jour ?

L’histoire se passe en 2014, et elle a fait la Une des journaux à l’époque. L’équipe du Professeur Jean-Michel Claverie de l’Université d’Aix Marseille annonçait avoir découvert dans le sol gelé de la Sibérie, un virus géant baptisé "Phitovirus sibericum" qu’elle est parvenue à réveiller.

Enfoui à 30 mètres de profondeur, ce virus, qui aurait pu croiser la route d’un néandertalien, a survécu à plus de 30 000 ans de congélation. Inoffensif pour l’homme et les animaux, il est cependant resté infectieux après son réveil pour certaines amibes, ces cellules qui comme les nôtres comportent un noyau. 

Et le seul fait qu’on ait pu ramener à la vie ce virus après des milliers d’années d’hibernation, pose la question des pathogènes dangereux pour l’homme qui pourraient refaire surface en raison du changement climatique.

Il faut prendre ces risques vraiment au sérieux ? 

Certains exemples le laissent penser. En 2016, toujours en Sibérie, une vague de chaleur sans précédent s'est abattue pendant l'été provoquant une fonte importante du pergélisol qui a eu pour effet de ramener à la surface un cadavre ancien de renne et de libérer une bactérie destructrice, "Bacillius anthracis", autrement dit, l’anthrax, qui provoque la maladie du charbon. En quelques jours cette bactérie a entraîné la mort de milliers de rennes mais elle a aussi contaminé des éleveurs et tué un enfant. 

Pour l’instant, la résurgence de virus ou de bactéries se fait de manière locale mais elle pourrait entraîner un vrai risque sanitaire en raison du réchauffement climatique et de l’essor démographique. Avec l’augmentation des températures en effet, des régions reculées comme la Sibérie deviennent accessibles à l’homme et l’on assiste à une véritable folie industrielle avec la création de mines à ciel ouvert pour extraire des métaux précieux, des terres rares ou des hydrocarbures. Pour cela, les entreprises vont forer dans le sol à des centaines de mètres de profondeur en retirant au préalable toute la couche de permafrost qui empêche d’accéder au pétrole ou au minerai. 

Le danger affirme Jean-Michel Claverie, est de mettre en contact des microbes qui n’ont vu personne depuis des milliers d’années avec des êtres humains qui ne possèdent pas d’immunité pour s’en défendre. Ce genre de scénario catastrophe est possible même si, ajoute le chercheur, nous n’avons aucun moyen pour l’instant d’en évaluer la probabilité. 

Et le risque viendrait principalement de l’Arctique ? 

Pas seulement car, selon certains scientifiques, le plus grand danger se trouve avec des virus contemporains de type Chikungunya ou Zika qui étendent leur zone géographique avec le réchauffement climatique. Les moustiques tigres qui sont les vecteurs de ces virus, les transportent rapidement en se déplaçant à la faveur des transports et du commerce international. 

Ces différents exemples nous rappellent que la lutte contre le dérèglement du climat est incontournable aujourd’hui pour se prémunir contre des crises sanitaires majeures comme celle que nous vivons actuellement avec le Covid-19

Nous y reviendrons cet Après-midi dans Le virus au carré. 

  • Légende du visuel principal: "Bacillus anthracis", l’anthrax, qui provoque la maladie du charbon, observé en 2002 dans du sang de mouton. Avec l'aimable autorisation CDC - Larry Stauffer, Oregon State Public Health Laboratory, 2002. © Getty / Smith Collection/Gado
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