Dans les glaces de l’Antarctique se trouvent de véritables machines à remonter le temps qui s’expliquent par un simple phénomène : au fil du temps, les couches de neige transformées en glaces ont piégé des petites bulles de gaz qui ont gardé en mémoire la température et la composition de l’atmosphère passée.

Un glaciologue français manipulant une carotte de glace sur la station franco-italienne Concordia au cœur du continent Antarctique (ici en 2000)
Un glaciologue français manipulant une carotte de glace sur la station franco-italienne Concordia au cœur du continent Antarctique (ici en 2000) © AFP

C’est un glaciologue français, Claude Lorius, qui a fait cette découverte dans les années 1960 en Antarctique en dégustant un whisky.  Un soir au retour d’un forage, il s’est servi ce breuvage en mettant un bout de glaçon vieux de 15 000 ans dans son verre. C’est alors qu’il constate que des bulles d’air s’échappent en pétillant à mesure que sa glace fond. Il a alors l’intuition que ce gaz contient des informations susceptibles de reconstituer l’atmosphère du passé. Et il voit juste : en analysant le contenu des bulles d’air, ces précieux échantillons permettent non seulement de comprendre les anciens cycles glaciaires sur des centaines de milliers d’années, mais aussi d’éclairer les mécanismes du climat actuel et de prédire son évolution dans les prochaines décennies. Et tout cela grâce à un verre de whisky !

Ces carottes de glaces permettent-elles de remonter loin dans le passé ?

Au cœur d’une véritable compétition à l’échelle mondiale pour dénicher la plus vieille archive, les Américains ont récemment extrait des glaces datées de deux millions d’années. Mais le glaciologue Jérôme Chappelaz qui est aussi dans la course avec un programme européen, considère qu’il ne s’agit pas de carottes de glace, mais "seulement" de glace très anciennes qui surgissent à la surface à cause du mouvement naturel des glaciers et qui ne permettent pas de suivre une évolution sur une longue période. 

Pour le moment, donc, on peut considérer que la plus vielle carotte jamais extraite en Antarctique a permis de retracer 800 000 ans d’histoire climatique

On la doit à un forage européen qui a permis en outre d’établir un lien direct entre la concentration du CO2 dans l’air liée aux activités humaines et la hausse des température sur le globe.  

Un projet européen ambitieux : "Beyond EPICA"

Mais les scientifiques européens ont un projet encore plus ambitieux : "Beyond EPICA". L’objectif est de réaliser un carottage pour obtenir des archives d’1,5 millions d’années dans un glacier antarctique situé à 2800 mètres de profondeur toujours en Antarctique Pourquoi ? Parce qu'il y a environ un million d’années, a eu lieu un brusque changement de rythme entre les cycles glaciaires et interglaciaires qui sont plus chauds. Le rythme des cycles a basculé de 40 000 à 100 000 ans.  Un phénomène dont les glaciologues ignorent encore la nature. 

La question fondamentale concerne le rôle joué par les gaz à effet de serre dans ce changement climatique majeur. Les scientifiques vont donc commencer leur travail et, si tout va bien, le forage de la carotte de glace devrait remonter à la surface en 2024. 

On en parlera avec Jérôme Chappelaz qui sera l’invité cet après-midi de la Terre au Carré

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