Si l’on veut aller droit au but : « pour l’instant, pas de traitement miracle » pour reprendre les mots du ministre de la santé Olivier Véran. Environ 800 essais sont recensés actuellement dans le monde. Que faut-il en retenir ?

La scène se passe la 27 avril dernier. L’AP-HP (l’assistance publique Hôpitaux de Paris) adresse aux journalistes un communiqué de presse annonçant que le Tocilizumab, un médicament habituellement utilisé dans la polyarthrite rhumatoïde, améliore significativement le pronostic des patients sévèrement touchés par le Covid. Très rapidement l’information prometteuse est relayée par tous les médias. 

Sauf qu’il y a un problème : le groupe hospitalier a livré cette annonce sans qu’aucune publication scientifique ne vienne étayer les résultats. Aucun chiffre, ni données solides. Trois jours plus tard, comme le révélait le Canard Enchainé, les membres du comité de suivi, seuls habilités à valider les résultats de l’essai, démissionnent, mécontents de cette communication prématurée. 

Cet exemple illustre à lui seul la précipitation qui s’est emparée des recherches autour des molécules potentiellement capables de soigner le Covid-19. 

Est ce que ces recherches sont nombreuses actuellement ? 

Selon le chercheur Etienne Decroly qui travaille sur une revue des molécules susceptibles de donner des résultats sur le Covid, environ 800 essais sont recensés actuellement dans le monde dont environ 600 essais cliniques portant spécifiquement sur des traitements. Les 200 autres sont réservés aux vaccins. 

Les 600 essais cliniques concernent moins d’une vingtaine de molécules. Malheureusement Etienne Decroly constate un manque de coordination à l’échelle internationale avec beaucoup d’essais redondants qui se déroulent sur peu de patients. Il redoute qu’après plusieurs mois d’épidémie le bilan soit très maigre concernant les médicaments qui fonctionnent vraiment. 

Que faut-il retenir des essais en cours ? 

Si l’on veut aller droit au but : « pour l’instant, pas de traitement miracle » pour reprendre les mots du ministre de la santé Olivier Véran. 

Et le manque de patients est un vrai problème pour les essais. Le 8 mai dernier dans un communiqué l’Académie de médecine rappelait que l’évolution du coronavirus impose de recruter un grand nombre de participants pour démontrer l’efficacité d’un traitement dans la phase initiale de la maladie. Or la regrettable dispersion des essais limite la taille des effectifs.

L’essai Discovery

L’essai Discovery qui teste plusieurs molécules patine pour le moment en raison d’un manque de coopération à l’échelle européenne. Parmi ces molécules la très médiatique et controversée Hydroxychloroquine du Professeur Didier Raoult. Les essais cliniques réalisés par Raoult lui-même ne permettent pas de prouver avec certitude son efficacité. 

Même chose pour le Remdesivir un médicament créé à l’origine pour lutter contre le virus Ebola et dont les bénéfices cliniques ne sont pas significatifs. 

Avec ce nouveau coronavirus, la recherche n’en n’est qu’à ses débuts et elle est confrontée une difficile équation : mener des essais scientifiquement rigoureux malgré l’urgence de la situation et la pression du public en attente légitime de traitements rapides. 

Mais même en période de crise conclut Etienne Decroly, il faut défendre la méthodologie scientifique afin de trouver les bonnes réponses qui puissent réellement bénéficier à l’ensemble de la société. Nous y reviendrons avec lui cet après-midi dans le Virus au carré.

  • Légende du visuel principal: A chaque semaine sa molécule prometteuse : point ce matin sur les essais cliniques © Getty / Thana Prasongsin
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