Ce matin dans l’Edito carré, les mœurs sexuelles très particulières d’une mouche…

Les moeurs sexuelles inhabituelles des mouches
Les moeurs sexuelles inhabituelles des mouches © Getty / Douglas Sacha

Elle s’appelle Rhamphomyia Longicauda et cette espèce appartient au groupe des « mouches dites danseuses ».

Cet petit insecte de quelques millimètres est un modèle d’étude pour les biologistes qui s’intéressent à ses habitudes déroutantes. 

Normalement dans le règne animal, ce sont les mâles qui courtisent les femelles en déployant toutes sortes d’attribut pour séduire Madame. On appelle cela les caractères sexuels secondaires. 

Pensez aux plumes colorées du paon, à la crinière du lion ou aux bois des cerfs. Les mâles dans la nature peuvent se draper de toutes sortes d’ornement pour être les plus attractifs possibles mais aussi pour pouvoir mettre la pâté à leurs encombrants rivaux. Et chez la mouche qui nous intéresse ce matin, c’est le contraire qui se déroule… 

Vous voulez dire que c’est la femelle qui s’emploie à attirer les mâles ? 

Absolument ! Le comportement de cour est inversé. Il s’agit d’un phénomène très marginal chez les animaux et il a été observé par des chercheurs de l’Université de Toronto. 

Ils se sont aperçu que ces mouches femelles déployaient des stratégies très originales pour indiquer au mâle en quête d’une partie de pattes en l’air, qu’elle est la plus belle et la meilleure porteuse de gènes dans les environs

Pour cela, elle procède d’abord à une chorégraphie aérienne envoûtante, façon danse des 7 voiles. Au cours de ce petit manège, notre mouche, transformée en hélicoptère avale de l’air pour gonfler des sacs disposés le long de son abdomen. Cette manœuvre qui ressemble à un déguisement lui permet d’apparaître deux à trois fois plus grosse qu’elle n’est en réalité et de faire croire à ce benêt de mâle libidineux qu’elle est remplie d’œufs et prête à être fécondé. Ce leurre est un peu le soutien-gorge Wonderbra de la mouche. 

Mais la femelle dispose d’une autre arme de séduction massive : ses poils sur les pattes ! Elle en est recouverte et pour paraître plus désirable elle peut les transformer en une sorte de soie plumeuse. Ce gonflant trompeur, façon Jacques Dessange, a fait ses preuves. Car plus ses jambes sont velues, plus les mâles tombent sous son charme. Le monde à l’envers ! 

Mais pourquoi tous ces efforts de la part de la femelle ?

Et bien l’une des hypothèses des chercheurs est que cette espèce de mouche qui butine les fleurs ne trouve pas suffisamment de ressources protéiques dans sa nourriture pour le développement de ses œufs. Elle sort donc le grand jeu au moment de la parade nuptiale pour que le mâle se charge lui-même de lui apporter des proies qu’il a préalablement chassées. C’est le petit cadeau d’avant l’amour. Selon l’entomologiste Christophe Daugeron, sur le plan évolutif, le gain énergétique est non négligeable. 

La nature ne manque vraiment pas de piquant et ces femelles carrément malhonnêtes nous en apprennent beaucoup sur l’évolution des comportements sexuels chez les animaux dans la gestion des coûts et des bénéfices. Cette étude libertine a été publiée dans la revue Proceedings de la Royal Society.

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