On savait déjà que l'utilisation de plantes psychotropes était usuelle dans les pratiques religieuses et chamaniques, mais cette fois, on a véritablement mis à jour le passé d'un dealer de drogues bolivien. Un sac découvert dans une grotte en Bolivie et daté au radiocarbone révèle une combinaison de drogues inattendue.

Une découverte archéologique révèle l'utilisation de nombreuses drogues hallucinogènes dans le cadre de pratiques chamaniques
Une découverte archéologique révèle l'utilisation de nombreuses drogues hallucinogènes dans le cadre de pratiques chamaniques © AFP / RODRIGO BUENDIA

Cette histoire commence en 2008 à 3900 mètres d’altitude dans une grotte des Andes Boliviennes lorsqu’un anthropologue découvre un drôle de petit sac en cuir parfaitement conservé daté d’environ 1000 ans.

Cousu à partir de trois museaux de renard il renfermait un véritable kit pour consommateur de psychotropes. 

Des archéologues néo-zélandais qui viennent de publier les résultats de l’analyse chimique du sac ont révélé les traces de cinq substances psychoactives, parmi lesquelles de la cocaïne, un composé de champignon hallucinogène et des ingrédients  de l’ayahuasca, une horrible mixture amazonienne de couleur maronnasse qui lorsque vous la consommez, vous remue les tripes et la tête à la façon d’un tambour de machine à laver. 

Les plantes présentent dans le sac ne provenaient pas de la région montagneuse où elles ont été trouvées mais de régions tropicales d’Amérique du Sud. Elles ont donc sans doute été apportées par des réseaux commerciaux très bien organisés ou par des chamanes itinérants capables de parcourir de très grandes distances.

Selon les chercheurs, il s'agirait du plus grand nombre de composés psychoactifs jamais trouvés dans un seul assemblage archéologique en Amérique du Sud. Les trafiquants de drogue andins ne devaient pas chômer ! 

Qu’est-ce que les archéologues ont trouvé d’autre dans le sac? 

Et bien toute la panoplie du parfait petit chimiste désirant partir en transe puisque se trouvaient aussi un plateau de broyage, un tube à priser et une paire de spatules en os de lama pour écraser les plantes. 

La datation au radiocarbone utilisée pour le sac de drogue le situe donc entre 905 et 1170 après J.-C., ce qui coïncide à peu près avec l'effondrement de l'État de Tiwanaku, une civilisation préinca autrefois puissante et qui a perduré pendant environ cinq siècles.

Selon l’anthropologue qui a découvert le sac, on savait que les psychotropes étaient importants dans les activités spirituelles et religieuses des sociétés sud-américaines, mais l’utilisation d’autant de composés différents en les combinant éventuellement a été une vraie surprise. Ça devait planer grave sur l’altiplano…

Les prises de drogues sont donc très anciennes…

Et certainement bien antérieures à cette période. De très nombreuses plantes ont été utilisées tout au long de l’histoire humaine pour modifier la perception. 

Pas très étonnant par exemple d’avoir retrouvé de la cocaïne puisque cette drogue est présente dans les feuilles de coca, qui sont couramment mâchées dans les pays sud-américains pour leurs propriétés stimulantes. Les composés de cocaïne ont déjà été identifiés dans les cheveux de corps momifiés, même ceux d’enfants en bas âge, qui devaient le consommer dans le lait de leur mère. 

La présence de ces drogues à l’intérieur du sac suggère que cette poche aurait appartenu à un spécialiste ou à un chamane possédant une connaissance approfondie des propriétés psychoactives des plantes. 

La découverte tout à fait stupéfiante de ce "Breaking Bad" bolivien a été publiée le 6 mai 2019 dans la revue Pnas

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