Mathieu ce matin dans l’édito carré, les pouvoirs du toucher… Oui car notre société se touche de moins en moins. Le contact avec le corps de l’autre semble s’effacer progressivement. Dans le domaine du soin en particulier où la médecine privilégie les appareils au détriment du lien direct avec les patients.

Et pourtant Ali, des études de plus en plus nombreuses prouvent les bienfaits du contact corporel. Mais je sais que vous n’en doutez pas. 

La dernière en date publiée la semaine dernière dans la revue PNAS a étudié les effets analgésiques induits par le toucher.

Pour réaliser cette expérience, les scientifiques américains ont choisi des « romantic partners », des couples d’amoureux pour voir si le degré d’empathie jouait un rôle important dans la réduction de la douleur. 

Ils ont ensuite affublé nos tourtereaux cobayes d’un casque d’électroencéphalogramme pour enregistrer l’activité de leur cerveau et cela dans trois situations différentes : la première lorsqu’ils étaient séparés chacun dans une pièce, la deuxième placés côte à côte sans se toucher et la dernière lorsqu’ils se tenaient la main.

Dans cette expérience qui n’aurait pas déplu au marquis de Sade, c’est la femme qui recevait une stimulation douloureuse de la part du scientifique, à savoir une chaleur intense sur le bras. 

Et alors quel a été le résultat de ce procédé sadique ? 

Les conclusions de l’étude indiquent que lorsque les deux partenaires se tiennent la main, leurs cerveaux se synchronisent. C’est-à-dire que les ondes cérébrales de la personne qui souffre imitent le comportement du partenaire qui va bien, ce qui lui permet de diminuer le ressenti de la douleur. 

C’est ce couplage des deux cerveaux des amoureux avec la synchronicité de la fréquence cardiaque et de la respiration qui est une découverte pour les chercheurs. 

Ce qui est amusant dans cette expérience c’est que lorsque le partenaire amoureux qui ne souffre pas est remplacé par un expérimentateur, ça ne marche plus. L’effet antalgique est donc directement associé au toucher affectif. 

Selon le neurophysiologiste Bernard Calvino, cette étude est également intéressante parce qu’elle montre la peau comme un véritable organe social et émotionnel.

Et vous parliez de déficit du toucher en début d’édito…

Oui parce qu’on sait à quel point le lien tactile est important dans les interactions entre les humains. Le toucher pouvant diminuer le stress et l’anxiété et renforcer l’attachement à tous les âges de la vie. 

C’est le cas bien sûr entre le bébé et sa maman avec les effets du « peau à peau » qui sont bien connus mais aussi chez les personnes âgées dont le corps est pourtant souvent repoussé et mis à distance. Des études ont montré que le toucher faisait baisser la peur et l’angoisse de la mort chez des patients en fin de vie. 

Le philosophe du corps Bernard Andrieu regrette cette perte du lien tactile dans nos sociétés. 

Il observe que le toucher et ce besoin d’être touché, disparaissent au profit du virtuel et de l’immatériel. Et il nous invite sans tarder à une reconquête sensorielle pour découvrir ces pouvoirs immenses. 

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