Ce matin dans l’édito carré, une nouvelle maladie diagnostiquée à la Joconde.

Cette pauvre Mona Lisa n’en finit plus d’être passée au crible de la médecine avec un dossier médical bientôt aussi haut que la Tour de Pise. 

De l’excès de cholestérol à la paralysie faciale en passant par la syphilis, les problèmes cardiovasculaires et une petite tendance à la dépression, les pathologies supposées de la Joconde ont déjà nourri un sacré catalogue.

Mais ça n’est pas terminé car deux médecins américains le Dr Mehra et Hilary Campbell affirment qu’il faut désormais ajouter l’hypothyroïdie au carnet de santé de la belle italienne.

Et qu’est ce qui leur permet de l’affirmer aujourd’hui ? 

Une accumulation d’observations qu’ils détaillent dans une publication sortie il y a quelques jours. Jugez plutôt : ils décrivent un front haut, des cheveux clairsemés et épais, des sourcils absents, un dépôt lipidique au coin de l’œil gauche, le gonflement du dos de la main droite suggérant un lipome (une petite tumeur graisseuse) ainsi que la teinte jaunâtre de la peau. Ils notent également une affection de la cornée et la présence d’un goitre possible dans la région de la thyroïde. De quoi vous refaire le portrait ! 

Mona Lisa devait donc présenter une hypothyroïdie compatible avec l’alimentation pauvre en iode à cette époque en Italie. 

Les deux médecins ajoutent - et c’est le coup de grâce-  que le sourire mystérieux de la Joconde serait même peut-être la conséquence d’un retard psychomoteur et d’une faiblesse musculaire conduisant à son expression peu épanouie ! 

Quand on pense qu’on a attendu 500 ans pour lire ça ! 

Mais quel dommage que ces médecins se soient fatigués à écrire un tel article. Un simple coup de fil aux spécialistes de la Joconde leur aurait épargné une publication inutile dans la revue Mayo Clinic Proceedings.

Et pourquoi ? 

Et bien parce que les historiens, les chimistes et les radiologues du musée du Louvre qui sont aux premières loges pour observer le tableau dans les moindres détails savent très bien que le teint jaunâtre de Mona Lisa n’est que le résultat des nombreuses couches de vernis posées par les restaurateur au fil du temps. Le vernis malheureusement a tendance à mal vieillir, il s’oxyde immanquablement et transforme les couleurs d’origine. 

D’ailleurs la sœur jumelle de la Joconde qui se trouve au Prado à Madrid et qui a été réalisée en même temps que l’original par un élève de Léonard de Vinci possède un visage d’une parfaite blancheur

L’erreur de diagnostic reposant sur le teint supposé jaunâtre de Mona Lisa n’est donc qu’une grossière erreur que des élèves en première année d’histoire de l’art n’auraient même pas commise.  

Morale de l’histoire, si vous souhaitez vous faire connaître à peu de frais, prenez le tableau le plus célèbre du monde, inventez n’importe quelle fake news à son sujet et vous serez certain de tutoyer à votre tour l’ivresse de la célébrité. 

Ce montage réalisé en 2012 montre la Joconde de De Vinci à gauche et celle réalisée par son élève et exposée au Musée du Prado en Espagne
Ce montage réalisé en 2012 montre la Joconde de De Vinci à gauche et celle réalisée par son élève et exposée au Musée du Prado en Espagne © AFP / JEAN-PIERRE MULLER-JAVIER SORIAN
Légende du visuel principal:
Pascal Cotte, ingénieur et fondateur du Lumiere Technology décrypte La Joconde © AFP / Paul Ellis
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