Ce lieu hors du temps qui se trouve au Chili est connu pour être le désert - non polaire- le plus aride sur terre avec un taux d’humidité qui n’excède pas 2 à 3%. En 2015 et 2017 de fortes pluies inattendues, attribuées au changement climatique, y sont tombées.

Désert d'Atacama au Chili
Désert d'Atacama au Chili © Getty / Jean-Luc Manaud

Ce lieu hors du temps qui se trouve au Chili est connu pour être le désert - non polaire- le plus aride sur terre avec un taux d’humidité qui n’excède pas 2 à 3%. 

Les pluies n’y tombent quasiment jamais et certaines régions d’Atacama n’ont pas vu une goutte d’eau depuis tenez-vous bien… 500 ans. Totalement sinistre…

Et pourtant, malgré ce décor de cailloux et de sable aussi joyeux qu’un hiver nucléaire, toutes sortes de micro organismes se sont parfaitement adaptés à ces conditions impossibles

Comme quoi, même dans les déserts les plus inhospitaliers où l’on ne trouve ni plantes, ni animaux, la vie parvient quand même à s’exprimer.  

2015 et 2017 : il a plu dans le désert

En 2015 et 2017 de fortes pluies inattendues, attribuées au changement climatique, sont tombées sur Atacama

Des chercheurs espagnols et américains qui avaient auparavant effectué des prélèvements dans les sols, sont allés voir dans les mares d’eau ce qu’étaient devenues les différentes espèces microbiennes qu’ils avaient identifiées. Et contrairement à ce qu’ils pensaient intuitivement, ces pluies inédites n’ont pas provoqué une explosion de la vie. Bien au contraire… 

Ils ont constaté que les fortes précipitations ont entraîné d’énormes dégâts. Ils emploient même le terme « d’extinction massive des espèces microbiennes indigènes ». Dans les flaques d’eau qu’ils ont étudiées plus de 85% des archées et des eucaryotes ont été décimés

Pourquoi ces extrêmophiles sont-ils décimés ?

Ces microbes particuliers qu’on appelle des extrêmophiles sont des organismes super résistants qui au cours des millions d’années d’évolution se sont adaptés à des conditions aux limites de la vie, la plupart du temps mortelles pour les autres organismes. 

Le microbiologiste Patrick Forterre prend l’exemple des archées et des bactéries halophiles qui ont besoin de fortes concentrations en sel pour vivre. On en trouve par exemple dans les grands lacs salés ou dans la mer morte.

Une abondance soudaine en eau leur est défavorable puisqu’elle a pour effet de dissoudre le sel qui les entoure et de dénaturer leurs protéines. On appelle cela un choc osmotique. C’est ce stress aigu qui s’est produit à Atacama avec l’arrivée des pluies. Seules quelques bactéries en modifiant leur métabolisme, sont parvenues à survivre dans les mares du désert chilien.

Dans les conclusions de leur étude, les scientifiques nous emmènent bien plus loin encore

Ils s’intéressent en effet aux similitudes qui existent entre ces épisodes de pluies exceptionnels à Atacama et la planète Mars qui est hyperaride et qui a connu de grandes inondations il y a plus de 3 milliards d’années. 

Les chercheurs suggèrent que si des communautés microbiennes ont pu s’adapter sur la planète rouge à des conditions de sécheresse, les torrents d’eau qui ont suivi ont peut-être aussi contribué comme à Atacama à la disparition de la vie.

Voilà comment des microbes chiliens de l’extrême vous renvoient directement à des millions de kilomètres de la Terre.

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