Le monde de la chasse fait l’objet depuis plusieurs années d’une incompréhension croissante de la part des Français qui se montrent de plus en plus critiques face à cette activité.

Et même si la pratique cynégétique reste le troisième loisir de notre pays après le football et la pêche avec 1,2 millions de pratiquants, ses opposants dénoncent entre autre les risques pour la sécurité lorsqu’elle est pratiquée. 

Selon le sociologue Ludovic Ginelli, cette incompréhension s’explique d’abord par l’évolution de la sensibilité écologique du public et l’urbanisation des modes de vie. La chasse et plus largement la mort animale ne font plus partie du quotidien d’une large majorité des Français et le rapport aux bêtes a beaucoup évolué ces dernières années avec par exemple l’essor du véganisme. 

Et comment les chasseurs se sont-ils adaptés à ces changements de perception ?

Et bien en essayant de changer leur image. Ludovic Ginelli explique que lorsque les chasseurs ont commencé à être critiqués dans les années 70, ils ont justifié leur pratique en parlant de "tradition" ou de "passion".  Ensuite, au début des années 2000 ils ont démarré un nouveau processus en défendant la chasse en tant que pratique écologique et aujourd’hui c’est la notion de durabilité qui est mise en avant. Le 10 juin dernier sur le site chassons.com, Eddie Puyjalon, le président du Mouvement de la ruralité rappelait que « les chasseurs étaient des acteurs de la biodiversité en assurant l’entretien des milieux, en plantant des arbres, en menant de nombreuses études scientifiques et qu’ils étaient également des sentinelles de la nature au quotidien face aux risques sanitaires ou aux espèces invasives ». 

Des qualités également avancées par la fédération nationale des chasseurs qui en 2018 lançait une campagne d’affichage avec ce slogan « Les chasseurs premiers écologistes de France ». Campagne qui avait suscité un flot de sarcasmes, obligeant même la RATP à la suspendre. 

Les chasseurs ne seraient donc pas vraiment écolo ? 

Et bien les choses ne sont pas si simples car comme l’explique Ludovic Ginelli, les chasseurs font par exemple des acquisitions foncières qui permettent de protéger les espaces naturels en bénéficiant à toutes les espèces. Sauf qu’il faut le mettre en balance avec l’activité de prédation qui consiste à tuer des animaux. Et de rappeler que l’engagement récent des chasseurs en faveur de la durabilité est quelque peu surprenant lorsque l’on connaît par exemple leurs contentieux avec les instances européennes autour de la directive oiseaux. 

Notre pays rappelons-le a été mis en demeure l’année dernière pour manquement à ses obligations de protection d’espèces menacées. La France qui est aussi toujours le seul pays à piéger des oiseaux avec de la glue. Une pratique archaïque qu’une soixantaine de députés viennent de dénoncer en plaidant pour une "chasse modernisée" plus en phase avec les enjeux de conservation des habitats naturels et la lutte contre l’érosion de la biodiversité. 

« La chasse une pratique écolo ? » on y revient cet AM dans la Terre au carré. 

  • Légende du visuel principal: Chasseurs et écologie © Getty / Hans Berggren
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.