Ce matin dans l’édito carré, vous vous intéressez à la différence de taille entre les femmes et les hommes.

Alors que l’on rend hommage aujourd’hui à l’anthropologue Françoise Héritier qui s’est particulièrement intéressée à la question des inégalités entre les sexes ; une de ses élèves, Priscille Touraille, dont elle a dirigé la thèse en 2005, a étudié ce que les scientifiques appellent « le dimorphisme sexuel de taille », autrement dit l’écart de taille entre les femmes et les hommes. 

Car si l’on observe l’espèce humaine, les hommes sont en moyenne toujours plus grands que les femmes : de 6 à 18 cm.  Pourtant, le monde vivant nous montre que les mâles ne sont pas automatiquement plus grands que les femelles. C’est même le contraire dans la majorité des espèces. Et chez le plus grand animal vivant sur terre, la baleine bleue, la femelle dépasse toujours le mâle.   

Et comment explique t-on le fait que les hommes soient plus grands chez les femmes ?   

Et bien dans son travail intitulé « hommes grands, femmes petites, une évolution coûteuse » Priscille Touraille suggère que la différence morphologique de taille entre les hommes et les femmes n'est pas seulement un résultat de la sélection naturelle mais aussi le résultat d’une sélection sociale liée à l'accès à la nourriture. 

Depuis des temps très anciens, les produits protéinés comme la viande ou les graisses font l’objet d’une compétition entre les sexes et ce sont les hommes qui les consomment en priorité au détriment des femmes. Des protéines qui jouent pourtant un rôle très important dans la croissance, la grossesse et l’allaitement. 

Or selon Priscille Touraille, en subissant des limitations nutritionnelles plus sévères que les hommes, ces inégalités alimentaires ont produit sur le long terme, une mortalité plus importante chez les femmes de grande taille. Un phénomène qui expliquerait pourquoi les gènes des femmes de grandes tailles ne l’ont pas emporté dans l’histoire d’Homo Sapiens.   

Et cette inégalité alimentaire on la retrouve dans de nombreuses cultures ?  

Oui et ce monopole des hommes pour l’acquisition des aliments à haute valeur nutritive est malheureusement terriblement banale. Françoise Héritier racontait qu’au Burkina, un de ses terrains d’étude, les petits garçons étaient toujours servis en premier, les mères n’hésitant pas à obliger les filles à attendre.  

Mais regardez aussi en France. Pendant longtemps dans certaines régions, les femmes ne mangeaient pas à table avec le chef de famille ; elles faisaient plutôt des allers-retour aux fourneaux et mangeaient ce qui restait.  

Et même si aujourd’hui, dans les pays occidentaux, les enfants des deux sexes ont accès à la même nourriture ; les inégalités alimentaires perdurent avec des femmes qui à l’échelle du globe, souffrent deux fois plus de malnutrition que les hommes.  Et ces discriminations qui se répètent depuis des millénaires, se sont inscrites dans notre génome au point de creuser cet écart de taille entre les deux sexes.  

Françoise Héritier elle mesurait 1 m 63 mais c’est une très grande femme qui est partie hier et à laquelle nous rendons hommage aujourd’hui.

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Pourquoi les hommes sont-ils plus grands que les femmes ? © Getty / Antenna
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