Qu’ils soient touffus, très fins, ou broussailleux, nos sourcils mobiles et très expressifs ont eu une importance majeure dans l’évolution humaine au point sans doute d’avoir même joué un rôle crucial dans notre survie… C’est du moins ce que suggère une étude parue dans la revue "Nature Ecology et Evolution".

C’est en comparant la crête frontale très proéminente d’un crâne de l’espèce Homo Heidelbergensis qui a vécu entre 600 000 et 200 000 ans, avec notre crâne d’Homo Sapiens, que les chercheurs ont compris l’importance aujourd’hui des sourcils dans la communication non verbale.

Etude qui a utilisé les nouvelles techniques de réalité virtuelle permettant de déformer et de modeler à loisir les crânes de nos ancêtres en fonction des questions posées.

Et qu’est-ce qu’ils ont cherché à comprendre  justement ?  

Et bien pourquoi les premiers hominidés possédaient une arcade sourcilière aussi proéminente alors que nous les hommes modernes avons évolué ensuite vers des fronts beaucoup plus plats. 

Les chercheurs ont testé plusieurs hypothèses dictées par des exigences purement spatiales et mécaniques. Et tout comme d’autres explications qui affirmaient que les sourcils nous protégeaient de la sueur ou des cheveux, ces hypothèses ont été écartées.

Les scientifiques expliquent plutôt que cette crête de front gigantesque était destinée à faire peur et à intimider. Une façon de signaler son statut de mâle dominant. Un peu comme le bois d’un cerf. Un Homo Heidelbergensis croisé aujourd’hui dans le métro nous foutrait franchement la trouille avec son air menaçant et très peu aimable. 

Et puis au cours des 100 000 dernières années, nos visages sont devenus plus petits. Un phénomène qui s’est même accentué il y a 20 000 ans lorsque nous sommes passés de chasseurs-cueilleurs à agriculteurs. Un style de vie qui a transformé nos habitudes alimentaires, nos efforts physiques et nos relations sociales.

Et les sourcils dans tout cela ? 

Et bien justement ! Tous ces changements de comportements ont aussi entraîné des modifications morphologiques sur nos visages. Les sourcils sont devenus plus expressifs. Ils nous ont permis d’exprimer des sentiments plus nuancées, d’accéder à une meilleure compréhension et de favoriser une plus grande coopération entre les individus. 

À elle seule, cette zone pileuse à le pouvoir de livrer des émotions complexes et de percevoir celles de nos semblables. Le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin explique que nous sommes les seuls grands singes dotés d’une telle variété de mouvements dans l’arcade sourcilière.   

Alors certes, elles ont perdu en intimidation mais elles ont tellement gagné en termes de communication avec les autres. 

Car si nous, Homo Sapiens, sommes aujourd’hui la seule espèce humaine vivant sur terre, nous le devons sans doute beaucoup à nos sourcils, éléments clé de nos interactions sociales. 

Déclarons donc la guerre aux visages momifiés par le Botox ou ayant fait le choix inepte de l’épilation définitive !

L'équipe
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.