De plus en plus, le design interagit avec le monde de la santé. Pour l'observance des traitements ou pour les dispositifs médicaux, cela conduit le patient à s'investir dans son traitement et devenir acteur.

Faire en public sa piqûre d'insuline quand on est  diabétique , ce n'est pas ce qu'il y a de plus agréable... Porter un cache sur l’œil quand on est tout petit, c'est à coup sûr essuyer des remarques parfois cruelles de ses copains...  

Devoir ôter sa prothèse de jambe à la piscine, pas très glamour non plus... En clair, être malade, appareillé, différent, c'est dans la plupart des cas devoir subir le regard des autres, être parfois rejeté, le plus souvent stigmatisé.  Et les intéressés ne pouvaient jusqu'à présent pas faire grand chose contre cela parce qu'entre eux et les médecins, c'était les médecins qui avaient le pouvoir. Aujourd'hui, et en grande partie grâce à Internet, le patient n'est plus passif. Il se renseigne, il s'approprie sa maladie.  

Un patient plus concerné

C'est une bonne nouvelle pour l'observance d'un traitement. Car il est très rare, pour les maladies chroniques (hyper tension, asthme, diabète) que les patients suivent correctement leur traitement. Jusqu'à seulement 42% parfois d'observance correcte! Quant aux dispositifs médicaux, s'ils sont plus faciles à utiliser, s'ils ne sont plus conçus pour un usage purement hospitalier par exemple, ils seront mieux acceptés. D'où le recours au design ! Après les plâtres fluo, les pompes à insuline miniaturisées et esthétiques, ce sont les prothèses qui changent.   

Prothèse branchée, prothèse acceptée ?

Les malades sont plus impliqués, plus exigeants aussi. Après Internet, on a vu arriver les fablab. Ces laboratoires de fabrication ont généré un nouveau comportement et c'est dans ces lieux que sont nées les premières prothèses de main "home made". Des étudiants ingénieurs, des bricoleurs, des curieux investissent les fablabs pour créer et partagé leur savoir-faire numérique. Cela a généré un mouvement pour les prothèses. Des prothèses plus fonctionnelles que simplement esthétiques. Longtemps, pour les orthopédistes, le critère prioritaire c'était  une main, un bras discret... de couleur chair. 

Aujourd'hui,  les progrès technologiques, la science-fiction mise en images et les personnalités-modèles comme le mannequin Lauren Wasser ont conduit des personnes amputées ou nées avec une malformation à assumer une prothèse différente. Sportive avec du métal, élégante avec une texture, écologique en résine de lin, colorée ou habillée, articulée avec moteur intégrés. Chez les enfants, ce qui était stigmatisant devient objet d’intérêt. La prothèse et son inventeur sont  valorisés comme en témoigne sur les réseaux sociaux David Aguilar, un espagnol de 18 ans qui a fabriqué la sienne en Lego !   

Vers le prêt-à-porter

Guillaume Bonifas, prothésiste, voit les demandes des patients évoluer. Une prothèse reste un appareillage mais en fonction des besoins, des envies, on peut désormais en posséder plusieurs et en changer suivant l'heure du jour, l'activité. La France reste très en retard dans le domaine du handicap. 

On le cache encore beaucoup contrairement aux pays anglo-saxons où oser montrer sa différence et surmonter ses faiblesses sont des signes de réussite. Mais on y vient. Des centaines de montures de lunettes chez l'opticien, ça semble normal. L'hiver prochain, pour la première fois une collection de prothèses sera vendue en magasin à Paris.

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