Les vers marins Tubulanus Sexlineatus rendent jaloux tout le monde : ils peuvent régénérer un corps tout entier, tête et cerveau compris. Une découverte qui pourrait révolutionner la médecine, pour que demain on puisse nous aussi fabriquer de nouvelles parties de notre cerveau ?

Ver ruban
Ver ruban © Getty / Nastasic

Il s’appelle Tubulanus Sexlineatus. Ce ver marin aussi appelé « ver ruban » appartient au groupe des Némertes, des invertébrés primitifs qui comptent parmi les animaux les plus anciens connus sur notre planète. Des biologistes de l’Université du Maryland aux États-Unis viennent de montrer que ces vers avaient la capacité de faire repousser leur tête après une amputation

Il s’agit en science d’une très vieille question : essayer de voir dans l’arbre phylogénétique des animaux ceux qui sont capables de régénérer et ceux qui ne le peuvent pas. Le chercheur évolutionniste du CNRS Guillaume Balavoine rappelle que la plupart des animaux, y compris les humains, sont capables d’un peu de régénération. Et même si nous autres bipèdes ne sommes pas en mesure de faire repousser nos jambes ou nos bras, certains de nos tissus ou de nos organes comme le foie ou la peau peuvent se régénérer dans une certaine mesure. 

Mais rien en comparaison de ces vers marins qui rendent tout le monde jaloux et qui peuvent carrément refaire un corps tout entier, tête et cerveau compris. 

Ce qui rend possible cette régénération

Ces animaux possèdent un précieux stock de cellules souches qu’on appelle des néoblastes. Ces cellules peuvent se diviser et donner tous les types de tissus possibles selon leur environnement.

Et si l’on coupe le ver en plusieurs morceaux chacun des petits bouts va donner naissance à un autre ver. Tubulanus Sexlineatus peut en quelques semaines renaître entièrement.

Les humains possèdent également des petits stocks de cellules souches qui sont dispersés dans les organes et qui sont spécialisées. Par exemple pour fabriquer des fibres musculaires lorsqu’elles ont été lésées. Mais ces cellules ne sont pas capables de donner d’autres tissus que ceux pour lesquels elles ont été programmées. Nos capacités de régénération sont donc très limitées.

Jusqu’à maintenant, les scientifiques pensaient que cette  faculté à se régénérer était très ancienne dans l’histoire de l’évolution et que certaines espèces comme les vers avaient réussi à la conserver tandis que la plupart des autres animaux l’avait perdue. 

Sauf que les chercheurs de l’Université du Maryland ont découvert que les vers rubans auraient acquis cette faculté il y a seulement 10 à 15 millions d'années. Ce qui est très récent à l'échelle de l'évolution. Les scientifiques considèrent donc ces animaux comme des espèces modèles pour comprendre comment le processus de régénération a pu être nouvellement acquis.

Une avancée pour la médecine ?

Le mécanisme de ces vers offre des perspectives très intéressantes pour la médecine régénérative. Ils pourraient nous permettre par exemple un jour de fabriquer de nouvelles parties de notre cerveau. 

Malgré leurs pouvoirs spectaculaires, ces vers marins sont très peu connus du grand public. Selon Guillaume Balavoine il faut poursuivre les études pour comprendre exactement ce qui est à l’œuvre au cours de l’évolution et qui permette d’aboutir à une régénération totale de l’organisme. 

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