Le bio ne représente que 6,6% des terres cultivées en France. Le recours aux produits chimiques de synthèse reste majoritaire pour lutter contre les ravageurs et les maladies. Pourtant les chercheurs explorent de nombreuses pistes alternatives.

Autrefois, on l’appelait la lutte biologique. Désormais, le terme consacré est le biocontrôle , c'est à dire l'utilisation d'organismes ou de produits naturels pour lutter contre les agresseurs des plantes.  La palette s'élargit et si on a en tête le fait d'utiliser des coccinelles pour manger les pucerons ou d'asperger une vigne en sulfate de cuivre pour lutter contre le mildiou, il existe des stratégies variées... Au centre INRA de Nice,  quelques 200 chercheurs et 160 ingénieurs de recherche s'emploient à développer le biocontrôle. L'idée étant de fournir aux agriculteurs des alternatives aux produits bientôt interdits. Comme par exemple au 1er septembre  les néonicotinoides, accusés de tuer les abeilles. L'impact sur les sols et la santé humaine conduit aussi les autorités à faire de ces alternatives une priorité nationale.

Passer du laboratoire au champ

Mais ces technique de lutte contre les chenilles, les pucerons, les punaises, la pourriture grise, s'avèrent parfois difficiles à mettre en place car ce qui marche bien au laboratoire peut s'avérer totalement inefficace au champ!   

A l'INRA,  tout est bon pour se débarrasser des nuisibles: insectes, bactéries, champignons et même phéromones odorantes. Utilisées pour tromper l'ennemi, elles s'avèrent efficaces pour lutter contre la chenille processionnaire, grande ennemie du pin. En pulvérisant sur l'arbre des phéromones sexuelles, les chercheurs désorientent les mâles. Dans un environnement saturé en odeur, ils n'arrivent plus à trouver la femelle et donc à s'accoupler. Et comme la pulvérisation n'est plus autorisée par le sommet des arbres, c'est désormais au paintball que des billes de phéromones sont lancées dans l'arbre. L’efficacité dure 4 mois! 

Adapter l'ennemi naturel d'un ravageur

Une autre technique consiste à  acclimater l'ennemi naturel du parasite ou du ravageur qu'on veut détruire.  Il faut pour cela aller parfois loin récupérer dans son habitat d'origine cet ennemi naturel:  la Chine, le Japon ou la Nouvelle Zélande. C'est là-bas qu'il y a 3 ans, des chercheurs de l'INRA ont récolté Mastrus Ridens une micro-guêpe avec l'idée de l'adapter aux conditions européennes. Cette bestiole est l'ennemi naturel du carpocapse de la pomme, un agresseur qui oblige à beaucoup traiter les pommiers.  Cet ennemi naturel va pondre ses œufs dans ceux du carpocapse. Au cours du développement, les larves vont se nourrir de l’œuf du ravageur, l’empêchant de se développer. L'adaptation ne se fait pas au hasard, il faut élever ces parasites , connaître dans le détail leur mode de vie et s'assurer qu'une fois lâchés dans la nature, ils ne vont pas s'attaquer à des espèces non ciblées.  Des détails peuvent s'avérer lourds de conséquence: la résistance au froid des insectes auxiliaires, leur vitesse de déplacement, leur capacité à tuer l'ennemi sur la totalité des plantes concernées.

La stratégie de l'insecte stérile est une autre approche, encore jamais utilisée en France mais qui fait partie de la panoplie du biocontrôle.   

Des succès incontestés

Si le processus est long (jusqu'à 10 ans entre le début de la recherche et la mise au point d'un produit), c'est qu'une fois publiée, un résultat de recherche doit passer entre les mains d'industriels. Charge à eux de mettre au point une formulation qui conviendra aux agriculteurs et qui les convaincra de délaisser les molécules de synthèses aujourd'hui pratiques et efficaces même si elles comportent des effets secondaires lourds pour les sols et les hommes.  Le biocontrôle n'est toutefois pas une utopie. Comme en atteste le succès du bacille de Thuringe, une bactérie largement vendue désormais pour lutter contre les pyrales. En paralysant la mâchoire des larves de papillons, elle les empêche tout simplement de manger 

L'équipe
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.