Ce matin dans l’édito Carré, vous nous parlez des racines qui ont changé la face du monde…

Oui et ce qui se passe sous nos pieds est assez fascinant. 

Tout a commencé il y a 460 millions d’années à une époque très reculée qu’on appelle l’Ordovicien. C’est là que les végétaux sont sortis de l’eau pour partir à la conquête de la terre. Ils se sont répandus en grande quantité dans les paysages en développant les caractéristiques qu’on leur connait aujourd’hui avec des racines, des feuilles et du bois. Les forêts de grands arbres étaient nées.

Et une étude qui vient d’être publiée dans la revue Science nous apprend que l’arrivée des racines dans l’évolution des plantes a radicalement changé la morphologie des paysages de notre planète. 

Et que s’est-il passé ? 

Et bien il faut d’abord imaginer la terre avant l’arrivée des racines. Le couvert végétal n’existait pas et les phénomènes d’érosion étaient monnaie courante : lorsqu’il pleuvait abondamment sur le sol, les intempéries charriaient, sans obstacle, les roches et les boues vers la mer. Or en analysant plus de 700 formations rocheuses déposées sur terre par l’écoulement des eaux, les scientifiques ont constaté que ce phénomène d’érosion a sérieusement ralenti lorsque les plantes terrestres ont commencé à se multiplier. Et ce sont les racines qui en piégeant les boues, les argiles et les roches, ont participé activement à la formation et à la stabilisation des sols. Ce changement a eu des conséquences majeures pour la planète. Les plantes terrestres en colonisant les paysages, ont en effet entrainé un boom des roches sédimentaires.  C’est l’action chimique des racines qui a permis à ces roches de se dissoudre et de se transformer en limon et en sable très fin. 

On sait en outre que l’apparition des arbres est sans doute en partie responsable d’une extinction majeure : en apportant soudain une quantité de matière organique et de nutriments très importante, les forêts ont perturbé tous les écosystèmes. Les océans en particulier ont été temporairement déséquilibrés avec l'augmentation de la concentration en azote et en phosphore et la prolifération soudaine de phytoplancton. Avec l’arrivée des racines, c’est une page de l’histoire de la terre qui se tourne. 

Et aujourd’hui est ce que les racines jouent toujours le même rôle ?  

MATHIEU : Absolument, ces organes souterrains des plantes ont toujours un effet protecteur. Les racines permettent de ralentir les processus d’érosion de surface, d’éviter les éboulements et les risques de glissements de terrain. Elles opèrent à la façon d’un filtre qui régule les précipitations et emmagasine une partie de l’eau. 

Et de nombreux projets aujourd’hui font appel au système racinaire des arbres pour stabiliser les sols. Dans les massifs montagneux par exemple, l’Office national des forêts  replante régulièrement des essences d’arbres aux enracinements profonds afin de fixer le sol et de renforcer « les zones de faiblesse ». 

Des équipes spécialement dédiées à la restauration des terrains de montagne sont implantées dans plusieurs départements des Alpes et des Pyrénées pour prévenir contre les risques naturels. Une façon de sécuriser la montagne grâce aux puissantes racines des arbres. 

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Les racines ont changé la face du monde © Getty / Patrícia Neves / EyeEm
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