A l'heure du débat sur la reconstruction de Notre-Dame, à l'identique ou pas, les images numériques en 3D dont on vante l'exactitude seront-elles d'une grande utilité ? Oui, mais à condition d'en faire bon usage, selon les chercheurs.

Notre-Dame de Paris
Notre-Dame de Paris © Getty / Edward Berthelot

Entre le jeu vidéo Assassins' Creeds d'Ubisoft, la reconstitution de l'américain Andrew Tallon du Vassar College près de New York (la plus précise au monde, nous dit-on) et les deux campagnes de relevés de la charpente – la désormais célèbre « forêt » - par l'entreprise française Art graphique et patrimoine, on découvre que Notre-Dame de Paris a fait l'objet ces dernières années d'un nombre considérable de numérisation en 3D. De ce qui est partie en fumée lundi dernier, on a donc des archives fidèles.

Si l'on songe aux pertes subies par le patrimoine de Mossoul, Palmyre ou Alep lors de la guerre en Syrie et au traumatisme qu'elles ont légitimement engendré, on est tenté de s'estimer chanceux. Grâce aux images réalisées avec le laser ou la photogrammétrie, la résurrection de Notre-Dame serait à portée de main, surtout si on reconstruit à l'identique ! Et en un temps court.

Les images virtuelles ne feront pourtant pas tout. Même si leur beauté fascine, leur degré de sophistication graphique n'a qu'un intérêt limité pour la reconstruction.

Ce qui importe, explique Renato Saleri chercheur au CNRS, au laboratoire Modèles et simulation pour l’architecture et le patrimoine, c'est de rendre intelligibles ces relevés. Si précis soient-ils, ce sont des données brutes. Elles forment des nuages de points dans l'espace. Des milliards de points, des gigaoctets de données qui, sans interprétation, ne veulent rien dire. Ce cylindre, ici, c’est en fait une colonne, cet alignement, un linteau. Les nuages de points doivent donc être transformés en objets intelligibles. Pour cela, il faut l'intelligence humaine qui est capable d'ajouter des filtres sémantiques. De plus, s’ils donnent la géométrie des objets, ces nuages de point n’en restituent pas la matière…. A t-on affaire à du bois, de la pierre, du verre ? 

Même nécessité d'interprétation pour le diagnostic. La déformation de la structure, les fragilités due à l’incendie n'apparaîtront pas de façon claire sans traitement de ces données numériques et surtout sans utiliser d'autres outils que la photogrammétrie. 

La reconstitution 3D numérique s'avère être une archive parmi d'autres, selon Kevin Jacquot, architecte et chercheur en informatique appliquée à l'architecture au CNRS. Une archive qui vient compléter les plans, les photographies, les dessins, les maquettes. Une archive qui possède toutefois l'atout de la rapidité. Les ordinateurs calculent plus vite que l'homme.  

À condition que les chercheurs soient parvenus à dompter ces données brutes et à les rendre lisibles pour des non-spécialistes. Et c'est peut-être là que les images numériques seront le plus utiles pour reconstruire Notre-Dame. 

"La technologie n'a pas le pouvoir de réparer" insiste Livio de Luca, le directeur du laboratoire Modèles et simulation pour l’architecture et le patrimoine. Mais "ce double numérique de la cathédrale va permettre d'agréger des points de vue", de travailler avec une maquette enrichie prenant en compte tous les métiers : les architectes, les paysagistes, les charpentiers, les couvreurs, les restaurateurs, les électriciens, les historiens. Cette maquette enrichie, à l'image d'un nombre infini de calques qu'on superposerait permettra de mettre en lumière tel ou tel aspect et de rapprocher des disciplines. "Cette superposition d'intérêt permet de créer des relations, de faire apparaître des divergences ou des collisions", ajoute le chercheur qui travaille avec le ministère de la Culture. Ce travail en cours dans les laboratoires est déjà en partie mature et des logiciels dédiés apportent une aide considérable aux architectes désormais. 

Si le numérique ne sauvera pas Notre-Dame, il contribuera considérablement à faciliter le travail des futurs bâtisseurs. 

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