Le champ magnétique terrestre varie de plus en plus. Aujourd'hui, il change d'une cinquantaine de kilomètres par an : il s’agit du mouvement le plus rapide jamais observé par les scientifiques. Mathieu Vidard nous explique pourquoi, en raison du "shutdown" qui frappe les USA, la situation pourrait devient périlleuse…

Le pôle Nord magnétique de la terre ne correspond pas au pôle Nord géographique
Le pôle Nord magnétique de la terre ne correspond pas au pôle Nord géographique © Getty

Oui et de mémoire de scientifiques on n’avait jamais vu ça. Les boussoles n’en finissent pas de perdre le nord.

Vous l’avez peut-être oublié depuis vos cours de physique, mais le pôle Nord magnétique de la terre ne correspond pas au pôle Nord géographique. 

Les pôles géographiques représentent les deux points par lesquels passe l’axe de rotation de notre planète. 

En revanche tel un gigantesque aimant, la terre dispose d’un pôle Nord et Sud avec des lignes magnétiques qui varient. On doit cette variation du champ à l’agitation du noyau externe liquide de la Terre qui est composé de fer métallique. Tout cela se passe dans le cœur de notre planète à 3000 kilomètres sous nos pieds. 

Depuis que la Terre s’est formée il y a plus de 4,5 milliards d’années ce noyau se refroidit progressivement ce qui provoque un mouvement dynamique du liquide. Les pôles magnétiques sont donc dépendants de ce mouvement et deviennent par conséquent eux-mêmes très dynamiques. Le mouvement du pôle Nord magnétique n’est donc jamais régulier.

Depuis quelques années, la vitesse de déplacement des pôles magnétiques augmente considérablement

Cela se manifeste par une avancée d’une cinquantaine de kilomètre par an qui lui fait quitter le Canada en l’entraînant progressivement vers la Sibérie. Il s’agit du mouvement le plus rapide jamais observé par les scientifiques. 

Les boussoles toujours utilisées, là où les GPS ne sont pas assez fiables

Le champ magnétique est un phénomène naturel qui a toujours suscité un intérêt stratégique fort puisque pendant très longtemps c’était l’unique moyen utilisé pour s’orienter à la surface de la Terre. Mais très rapidement les navigateurs se sont rendu compte que le pôle Nord magnétique bougeait. Très fâcheux pour arriver à bonne destination. 

Aujourd’hui ce sont les satellites qui se chargent d’observer les fluctuations du champ magnétique depuis l’espace et qui permettent la mise à jour régulière des données. Opération nécessaire car la navigation moderne, aérienne ou maritime, l’utilisent toujours pour s’orienter dans les zones où les GPS ne sont pas assez fiables. 

Vous l’avez compris sa localisation précise représente un enjeu très important.

Une situation qui pourrait devenir dangereuse

En 2015 en raison de très grandes variations, les modèles n’étaient plus assez précis et il a fallu procéder à une nouvelle mise à jour. Ce qui fut fait. Malheureusement un an après, le champ a brusquement changé en raison d’impulsions géomagnétiques qui ont joué le rôle d’accélérateur. Les modèles n’étaient plus valables. La tuile ! 

Il a été décidé d’anticiper une nouvelle mise à jour. L’année dernière, les variations du pôle nord magnétique étaient devenues si imprécises qu’elles étaient sur le point d’entrer dans la marge d’erreur acceptable. Chose impensable par exemple pour les avions militaires de l’OTAN qui l’utilisent. 

Ironie du sort, en raison du « shutdown » et du blocage des salaires, l’agence américaine d’observation océanique et atmosphérique n’est pas en mesure actuellement de livrer la nouvelle version du modèle du champ magnétique. La situation pourrait devient périlleuse.

Vu d’ici, le fonctionnement de l’administration américaine semble aussi difficile à comprendre que les variations brutales du champ magnétique terrestre pour un géophysicien.    

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