Ce matin dans l’Edito Carré vous semblez réconcilié avec un de vos pires ennemis.

Mais oui Nicolas et il aura fallu que ma vue baisse, que mes tempes deviennent blanches comme l’Everest et que les stagiaires de la radio m’appelle Monsieur ; pour qu’un sujet de haute torture scolaire - la grammaire- vienne se rappeler à moi.

C’est en tombant sur un ouvrage « Poésie du gérondif » signé Jean-Pierre Minaudier que mon destin a basculé.  

Le GERONDIF, Nicolas !!! Je n’avais plus lu ce mot depuis ma sortie des grottes de Lascaux ! C’est un peu comme si tout d’un coup, le Bescherelle et le Bled avaient ressurgi des profondeurs du temps en menaçant de me passer à nouveau à la question.  

Mais j’ai vite été rassuré par ce vagabondage linguistique aux antipodes de la discipline austère et tyrannique ; qui réussit le tour de force de réconcilier des générations de traumatisés du préfixe et du complément d’objet direct.  

Et qu’est-ce qu’on apprend dans cet ouvrage ? 

Et bien d’abord qu’il se parle actuellement six mille langues sur notre planète et que la moitié d’entre elles sont en train de disparaître. 

Que certaines ne sont pratiquées que par une poignée d’individus. C’est ainsi qu’au fin fond du Brésil, le kwasa n’est parlé que par 25 personnes.

Mais on apprend surtout que ces 6000 langues sont autant de visions différentes du monde. 

A la lecture de certaines grammaires, Jean Pierre Minaudier se demande si des peuplades isolées qui devaient s’ennuyer ferme, n’ont pas consacré une part notable de leur énergie à complexifier leurs idiomes afin que personne ne puisse les comprendre. Allusion à certaines langues amazoniennes ou papoues qui ont un niveau de complexité aigu. Mais pas besoin d’aller aussi loin pour trouver de la difficulté grammaticale : le russe, l’arabe, le basque et le français sont bien placés dans la catégorie « arrachage de cheveux ».

Est- ce que la grammaire du monde offre d’autres surprises ? 

Oui et elles sont nombreuses.

On trouve par exemple la conjugaison la plus surabondante en basque avec un verbe comme _hil_qui veut dire tuer ou mourir et qui peut prendre 2854 formes différentes ! Certaines langues comme le Xoon en Afrique aligne plus de 110 consonnes et 44 voyelles un record !

Et puis il y a des langues qui ne distinguent pas le genre grammatical… comme le mandarin, le japonais, le turc ou … le basque !  

Mais il existe surtout des pays Nicolas où c’est le féminin qui l’emporte sur le masculin! Mais oui vous entendez-bien! Et pour trouver cet eldorado, il faut se rendre bien au-delà de la rue de Varenne dans les îles Salomon où les papous pratiquent la langue bilua.

Même chose en kurde, mais le plus ébouriffant, c'est que cette règle existe aussi en France : en Nouvelle Calédonie, dans la langue cèmuhî,  lorsqu'un groupe est mixte, tout le monde se met au féminin !     

Je suggère donc à notre Premier Ministre, visiblement très attaché à sa grammaire française, de s’offrir « Poésie du gérondif » paru aux éditions Tripodes et d’aller faire un petit tour chez les papous.

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