Dans l’édito carré on nage en eau trouble avec les requins et la théorie du "requin vagabond". Et on se demande si la plus grande menace n'est pas finalement à chercher du côté de l'Homme.

La théorie du requin vagabond, l'individu isolé qui pourrait prendre goût à la chair humaine, n'a jamais été validée
La théorie du requin vagabond, l'individu isolé qui pourrait prendre goût à la chair humaine, n'a jamais été validée © Getty / by wildestanimal

Juillet 1916 Beach Haven, état du New Jersey. Charles Vansant, 25 ans, profite de la douceur de cet après-midi d’été pour aller se baigner. Bien mal lui en a pris. Alors qu'il nage paisiblement, la mâchoire puissante d’un squale se referme dans le moelleux de ses cuisses juvéniles. Il décède quelques temps après. 

Cinq jours plus tard c’est au tour de Charles Bruder de subir le même sort. En tout six personnes sont attaquées en moins de deux semaines. Quatre meurent des suites de leurs blessures. 

Rapidement un requin de 2,30 m est capturé. Des restes humains sont retrouvés. Plus aucun doute on a mis la main sur le coupable. 

Cette tragédie panique l’Amérique et inspire à Peter Benchley son roman Les Dents de la mer. Mais ces accidents donnent aussi naissance à la théorie du « rogue shark » littéralement « le requin vagabond » qui propose qu’un requin puisse développer un goût pour la chair humaine. Cette idée sensationnaliste a toujours été très controversée dans la communauté scientifique. Mais voilà qu’elle refait surface dans une publication signée des chercheurs Eric Clua et John Linnell

Et que disent ils ? 

Les deux scientifiques présentent l’hypothèse selon laquelle les attaques de requins seraient causées par « des individus problématiques ». 

Ces squales, limités en nombre, présenteraient un risque plus élevé que leurs congénères. Ils pourraient occasionnellement s’attaquer à l’homme et l’intégrer à leur régime alimentaire. Les attaques ne seraient donc pas le fait d’une densité de requins dans un lieu donné.

Si les chercheurs parvenaient à prouver leur hypothèse, par exemple en montrant que l’ADN retrouvé sur les plaies des victimes est celui d’un même requin, cela pourrait permettre d’éviter les campagnes d'abattage généralisées qui se produisent dans de nombreux pays suite à des attaques. L’efficacité de ces pêches punitives ayant montré leur inefficacité et leurs coûts écologiques élevés pour les espèces menacées. 

L’idée semble intéressante…

Oui en effet puisqu’il suffirait d’éliminer l’individu potentiellement problématique comme cela se fait dans le domaine terrestre avec la gestion des prédateurs qui attaquent les humains ou le bétail. 

Cependant pour certains spécialistes comme le biologiste marin Bernard Serét les chances sont très minces de tomber sur le bad boy des mers. 

Attention aussi à l’anthropomorphisme. Les requins ne savent pas ce qu’ils mangent lorsqu’ils croquent dans la chair humaine. Comme tous les prédateurs ce sont des opportunistes. Donc très peu de chance pour qu’ils prennent goût à notre viande qui présente en outre peu de qualités nutritives.

Rappelons que les requins ne sont pas des monstres sanguinaires. Le nombre de morts chaque année qui leur est attribué ne dépassant pas en moyenne cinq personnes. 

En revanche du côté humain le bilan est accablant : nous tuons chaque année plus de 100 millions de requins malgré leur rôle écologique fondamental. Vous avez compris de quel côté se trouve vraiment la menace. 

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