Ce matin dans l’édito carré, vous revenez sur cette étude biaisée concernant l’hydroxychloroquine publiée dans la revue The Lancet…

Le 22 mai dernier en effet, la prestigieuse revue britannique publiait une étude dite rétrospective qui concluait que la molécule d'hydroxychloroquine n'était pas bénéfique aux malades du Covid-19 hospitalisés et qu’elle pouvait même être néfaste. 

La parution de ce travail a eu des répercussions spectaculaires, puisqu’elle a amené l'OMS (Organisation mondiale de la santé) à suspendre temporairement tous les essais cliniques avec hydroxychloroquine et le ministre de la santé Olivier Véran à demander l’arrêt de son utilisation. 

Le destin de ce médicament popularisé par le professeur Didier Raoult semblait scellé.  

Et puis rapidement, cette étude a été mise en cause par de nombreux scientifiques qui ont pointé des failles et le manque de transparence dans les données. Le 4 juin, à peine deux semaines après sa publication The Lancet retirait l’étude de sa revue après la demande de rétraction de trois de ses auteurs qui avouaient ne pas pouvoir garantir la véracité des données analysées. Gros malaise, le LancetGate était né ! 

Et comment tout cela a t-il été possible ?

Et bien dans cette affaire ce sont tous les niveaux du système de contrôle de publication qui ont été défaillants. Selon la physicienne Martina Knoop qui travaille sur la thématique des publications scientifiques et de la science ouverte, la crise du Covid s’est caractérisée par une période très agitée avec de très fortes pressions pour les chercheurs qui ont tenté de répondre le plus rapidement possible à la demande des médecins en attente de traitements. Une véritable course contre la montre qui a entraîné certaines équipes à la précipitation. 

Dans l’étude du Lancet, les données sur lesquelles reposait le travail n’ont pas été communiquées à l’ensemble des chercheurs. Ces derniers ont donc signé les yeux fermés en faisant confiance à un de leurs collègues. Ensuite les experts scientifiques chargés par le Lancet de vérifier la qualité de ce travail ne se sont pas non plus posé la question de la fiabilité des données. In fine, l’éditeur de la revue qui a le dernier mot a décidé de publier l’étude en suivant l’avis favorable des experts.
Le niveau de surveillance qui a fait défaut montre que même la bible des revues scientifiques n’est pas à l’abri de graves erreurs. 

Cette affaire n’est donc pas un cas isolé ? 

Non, car même si ce problème est largement méconnu du grand public, chaque année des centaines d'études sont retirées par les revues spécialisées. Sur plus d’un million d’articles scientifiques publiés annuellement 1 à 2% seraient frauduleux. 

Des rétractations dues à des falsifications, à l’invention de résultats en passant par le plagiat ou des conflits sur les noms des auteurs. 

Des causes qui peuvent avoir des répercussions catastrophiques en termes de santé publique. Dans le contexte d’une pandémie, l’intégrité scientifique et la robustesse des travaux restent plus que jamais un élément central. 

Nous y reviendrons cet après-midi dans la Terre au carré. 

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