Une sociologue dénonce les liens entre les industriels de l’agro-alimentaire et les défenseurs de la cause animale. Pour elle, il est pourtant possible de sortir les animaux des systèmes industriels qui les massacrent sans les sortir de nos vies.

Des liens entre les industriels de l’agro-alimentaire et les défenseurs de la cause animale ?
Des liens entre les industriels de l’agro-alimentaire et les défenseurs de la cause animale ? © Getty / Owen Franken - Corbis

A l’âge de 25 ans, Jocelyne Porcher décide de quitter la capitale pour la « campagne ».

Elle ne connait rien du monde agricole et de l’élevage, mais elle devient éleveuse de brebis et c’est en pratiquant ce métier qu’elle commence à s’interroger sur les enjeux moraux de cette profession. 

Et puis, dans les années 90, elle reprend des études, quitte sa ferme et se retrouve dans une porcherie industrielle en Bretagne. Le choc est rude face à la violence quotidienne exercée sur les animaux. 

Elle essaye de comprendre pourquoi les personnes de ce milieu, des gens ordinaires dont elle se sent proche, acceptent cette violence et le non-sens de leur travail. En 2001, elle soutient une thèse sur les relations affectives entre éleveurs et animaux. 

Elle est ensuite recrutée comme chercheuse à l’INRA pour travailler sur les questions de souffrance au travail dans les productions animales. Elle publie aujourd’hui aux éditions Le bord de l’eau ce livre : Cause animale, cause du capital

Et que développe-t-elle dans cet ouvrage ? 

L’idée selon laquelle il y aurait une collusion d’intérêts entre les industriels des biotechnologies et les « défenseurs » des animaux comme les vegans pour imposer une agriculture sans élevage. 

La sociologue renvoie d’abord au terme de « clean meat » pour parler de la viande propre fabriquée in vitro et présentée comme le substitut du futur. Car explique Jocelyne Porcher, les industriels ont compris bien avant les vegans, que la consommation de viande était en train de prendre l’eau et qu’il fallait inventer de nouveaux produits pour continuer à gagner de l’argent.

La viande cellulaire cultivée à partir de cellules animales et la fausse viande fabriquée à partir de composants végétaux sont aujourd’hui considérées par les industriels comme deux pistes aux potentiels énormes. Des technologies qui représentent une alternative pour les consommateurs soucieux de l’environnement. 

Et en quoi les vegans sont-ils au service de ces industries ? 

Pour Jocelyne Porcher, en remplaçant la viande par des produits transformés, le véganisme nous placerait encore plus entre les mains des industriels.

Pour elle, les vegans « ne sont pas des révolutionnaires, mais les idiots utiles du capitalisme ». En ligne de mire : l’association L214 dont elle dénonce le lien d’intérêt avec la firme américaine Open Philanthropy Project qui finance directement ces alternatives à la viande. 

L214 écrit-elle « prétend agir contre les lobbies mais serait elle-même une structure de lobbying en faveur des firmes du végétal et de l’agriculture cellulaire ».

Pour l’ancienne éleveuse, il est pourtant possible de sortir les animaux des systèmes industriels qui les massacrent sans les sortir de nos vies : en refaisant de l’élevage, cet art complexe de la relation aux animaux et à la nature.

Jocelyne Porcher est mon invitée cet après-midi dans la Terre au Carré et vous pourrez dialoguer en direct avec elle autour de ce livre Cause animale, cause du capital.  

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