C’est une institution qui a plus de 100 ans… La consécration suprême pour un scientifique et pourtant certains s’interrogent: n’est-il pas temps d’abandonner le prix Nobel ?

Les critiques enflent depuis l’automne dernier. Une poignée de scientifiques s’est particulièrement agacée lors des dernières lauriers .  Aucune femme récompensée - ça n’est hélas pas nouveau- et surtout trois physiciens couronnés pour une découverte ayant impliqué plusieurs milliers de scientifiques de 90 institutions : les ondes gravitationnelles.

Aujourd’hui,  paraît un livre aux Etats-Unis. Signé par un cosmologiste Brian Keating , "Losing the Nobel Prize" met les pieds dans le plat. Il y a quelques jours dans de Grutyter journal,  une tribune signée de deux scientifiques canadiennes disait peu ou prou la même chose :  le Nobel  censé récompenser des personnes ayant apporté de grands bénéfices à l’humanité "n’influence pas de façon significative le progrès de la science."

Le Nobel n'a pas su s'adapter à la science moderne

Le premier argument développé, c’est que le prix n’a pas su évoluer avec la science. Le prix ne serait plus moderne. A l’heure de la méga science, la "Big Science" en anglais,  le mythe du chercheur solitaire qui se réveille en criant Euréka est mort ! Désormais, la recherche réclame d’énormes équipements, des décennies d’avancées lentes et des collaborations multiples. Or l’Académie Royale des sciences de Suède continue de récompenser des individus, trois maximum par discipline. 

Après les ondes gravitationnelles, cette règle posera  à nouveau problème avec Crispr-Cas9 , les ciseaux génétiques. Cette découverte mérite dit-on un Nobel mais déjà on peine à trouver trois pionniers parmi les premiers contributeurs!

Autre problème majeur : la sous représentation des femmes. 3% de lauréates en 116 ans ! Pourtant 50% des neurones de la planète appartiennent bien à des femmes non ? 

L'effet Matilda  

Parmi les sacrifiées de l'histoire : Jocelyn Bell, astrophysicienne britannique découvreuse du premier pulsar. Devinez qui a eu le Nobel à sa place en 1974 : son directeur de thèse !  

Même scénario pour Vera Rubin, découvreuse de la matière noire. 

Quant à  Rosalind Franklin, ses images de l’ADN par diffraction des rayons X n'auraient pas permis à  Crick et Watson de découvrir  la structure en double hélice. La médaille pour eux, l'oubli pour elle... 

Toutes ces femmes ont été victimes de l'effet Matilda. C'est ainsi qu'on nomme la minimisation systématique du rôle des femmes en sciences

Le réel impact de ces Nobélisés

Éclairés par les projecteurs à 60, 70 voire 80 ans, on ne peut pas dire qu'ils soient des modèles attractifs pour les jeunes. Leur prestige ne sert pas tant devant  des amphis d’étudiants que dans des conseils d’administration d’entreprise ou à conseiller des politiques selon Brian Keating qui reproche par ailleurs à certains de s’égarer dans le tourbillon de la popularité.  

Linus Pauling Nobel de chimie en 54 prônait à la fin de sa vie de fortes doses de vitamine C pouvait venir à bout du cancer... M. Montagné, co-découvreur du virus HIV était plus tourné vers les pouvoirs de la papaye fermentée .

Si, comme pour la médaille Fields en mathématiques – il n'y a pas de Nobel de Mathématiques- on fixait à 40 ans l’âge limite pour décrocher la timbale ? Nul doute qu’on aurait plus de Cédric Villani…

Quelles propositions ?

Clare Fiala et Eleftherios Diamandis, les deux scientifiques canadiennes suggèrent l’abandon pur et simple du prix au profit d’un système qui promeut la collégialité, la collaboration et l’humilité.

Brian  Keating  demande la réhabilitation des oubliés par une attribution posthume  et pour la physique, sa spécialité, il suggère de ne récompenser que des découvertes fortuites. On appelle ça la serendipity en anglais … Vous tombez dessus alors que vous ne cherchez pas ça. L’Amérique de Christophe Colomb en somme.

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