Sergio Canavero, neurochirurgien italien de 55 ans, s’est fait connaître par ses effets d’annonces fracassants. Il veut en effet greffer un corps humain sur une tête (… et est surnommé par beaucoup "Docteur Frankenstein").

Le rêve fou de Sergio Canavero
Le rêve fou de Sergio Canavero © Maxppp / Lisi Niesner / Epa

Il s’appelle Sergio Canavero, ce neurochirurgien italien de 55 ans s’est fait connaître par ses effets d’annonces fracassants. Il veut en effet greffer un corps humain sur une tête. 

Il y a quelques semaines le journaliste du Monde Pierre Barthelemy a fait le voyage à Turin pour rencontrer le sulfureux médecin surnommé par beaucoup Docteur Frankenstein. 

On apprend dans ce portrait que sa vocation lui est venue d’un médecin américain Robert White qui en 1970 a transplanté la tête d’un singe sur le corps décapité d’un autre singe. La pauvre bête n’avait survécu que 36 heures. Mais cette tentative aurait scellé le destin de Professeur Canavero qui a vécu cette expérience comme une révélation. 

C’est en 2013 que cet habitué des coups médiatiques annonce au monde entier son projet pour le peu iconoclaste. Son souhait est donc de greffer le corps entier d’un donneur décédé avec la tête d’un patient en vie. Canavero aurait d’ailleurs déjà des personnes lourdement handicapées candidates à l’opération.

En 2017 il annonce avoir réalisé avec une équipe chinoise la première transplantation de tête humaine sur des cadavres. Une sorte de répétition générale. Mais pour le moment, malgré son obsession, il n’est toujours pas parvenu à devenir le premier greffeur de tête.

Une telle opération est d’une complexité extrême. Elle nécessite par exemple la reconnexion de milliers de nerfs ce qui reste encore aujourd’hui insurmontable pour les chirurgiens. Le Professeur Denis Glotz spécialiste des transplantations à l’hôpital saint Louis précise qu’une greffe de corps entier cela revient à vouloir mettre d’un coup sur une seule personne, sept organes que sont les poumons, le foie, le coeur, les reins et le pancréas avec en prime un système immunitaire au grand complet. Lorsqu’on voit les problèmes de rejets rencontrés suite à des greffes sur des tissus composites, l’idée paraît totalement folle. Le système immunitaire ne chercherait en réalité qu’à se débarrasser de la tête du receveur… et que dire du nerf phrénique situé entre le cou et le thorax et qui est essentiel à la respiration. Rien n’a été démontré pour cette fonction essentielle à la vie. 

Cette greffe n’aurait aucune chance d’aboutir ? 

Dans l’état actuel de la science non. 

Pour le professeur Denis Glotz les organes humains sont des ressources rares qui doivent être gérés dans l’éthique la plus parfaite. Et chez l’animal il n’existe aucune preuve de concept qu’une telle greffe fonctionne. 

Dans l’article du Monde le docteur Sergio Canavero termine son entretien en déclarant : 

Je suis quelqu’un qui veut refaçonner l’avenir, car les humains sont une expérience ratée, des créatures ratées 

Certes mais il ne devrait pas oublier comme le rappelle Denis Glotz que la transplantation est une spécialité en prise directe avec la société. Si les gens ne veulent pas donner leurs organes, aucune transplantation ne peut se faire. 

Cette simple réalité, pourrait bien un jour, faire perdre la tête, au Docteur Frankenstein. 

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