Ce matin dans l’édito carré, l’épave du Titanic grignotée par une bactérie.

Dans la nuit du 14 au 15 avril 1912 lorsqu’il a mis le cap sur New York dans l’euphorie de son voyage inaugural, personne n’imaginait que 106 ans plus tard, le RMS Titanic ressemblerait à une vieille carcasse rouillée gisant à près de 4000 mètres de profondeur au large de Terre Neuve. 

Plus d’un siècle après sa rencontre malheureuse avec un iceberg, le paquebot transatlantique repose au milieu de l’océan coupé de la lumière et soumis à une énorme pression hydrostatique. 

Et les jours du navire semblent aujourd’hui compter puisque selon les spécialistes, il pourrait disparaître à tout jamais dans les 15 années qui viennent. La responsable de cette lente agonie n’est autre qu’une bactérie qui se régale de la coque en fer de l’illustre bateau ! 

Une bactérie mangeuse de fer ? 

C’est exactement ça ! Son action oxydante lui donne l’énergie pour survivre.

Cette bactérie a été découverte en 1991 lorsque des scientifiques Canadiens ont prélevé des échantillons qui ressemblaient à des glaçons de « rouilles » qui pendaient du navire. Ils se sont aperçus que tout cela grouillait de vie et qu’il s’agissait d’une nouvelle espèce de bactérie de la famille des Halomonas, aussi rebaptisée « Halomonas Titanicae ».

Cette famille de bactérie est assez extraordinaire pour deux raisons : la première c’est qu’elle peut survivre à des conditions tout à fait inhospitalières. On la trouve par exemple dans des milieux extrêmes comme les marais salants. Pour évoluer dans un tel environnement la bactérie produit une molécule « l’ectoïne » qui la protège de la saturation en sel tout en maintenant une stabilité à l’intérieur de sa cellule. C’est grâce à cette capacité d’adaptation que ce micro-organisme résiste aux courants qui entourent le Titanic. 

La seconde raison qui fait de cette bactérie un organisme étonnant, c’est qu’elle a formé au fil du temps un biofilm visqueux et protecteur autour de l’épave du bateau. Une sorte de bouclier invisible qui lui a permis de coloniser toutes les surfaces disponibles sur le Titanic, de bouloter tranquillement sa structure en métal mais aussi de ralentir paradoxalement son processus de corrosion. C’est la raison pour laquelle on trouve dans les fonds marins des épaves qui ont résisté à des siècles d’immersion.  

Cette bactérie n’est donc pas la seule à aimer les épaves ?

Non pas du tout puisque l’on trouve aussi des bactéries spécialisées en épaves en bois. Chaque bactérie est adaptée aux matériaux qui composent les bateaux. 

Et lorsqu’un navire coule, chaque espèce de microbe se met à fabriquer son biofilm qui sert également de refuges pour les coraux, les éponges, les mollusques, et de récif artificiel pour de nombreux poissons. Une vraie vie foisonnante.

En attendant au fond de l’Atlantique, le processus de corrosion semble s’accélérer pour le Titanic. Un vrai recyclage bactérien pour les 47000 tonnes de fer de cette vieille épave.   

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