Cet oiseau s’appelle la pie-grièche à poitrine rose. Joli hein ? Son nom en latin - Lanius - signifie "boucher" ou "écorcheur". Une allusion au fait que cette gentille petite pie délicate a tendance à empaler ses proies sur des épines pour les clouer sur place.

Une pie-grièche à poitrine rose
Une pie-grièche à poitrine rose © Getty / ullstein bild

Malheureusement, cet oiseau n’aura sans doute bientôt plus l’occasion de mettre en pratique ses techniques de chasse expéditives puisqu’il semble promis à la disparition en France métropolitaine. 

Les scientifiques ont constaté en effet la régression des effectifs à 7 couples nicheurs en 2015, 4 en 2018 et un seul et dernier couple en 2019. 

Cette chute continue ne laisse aucun doute sur la disparition définitive de cet oiseau puisque le seul couple qui subsistait dans l’Hérault a échoué à se reproduire. 

La pie-grièche à poitrine rose est un des passereaux européens qui a le plus diminué depuis un siècle, tant en terme d’effectifs que de répartition. Pourtant en Europe et dans la plupart des départements français, cette espèce était encore très commune au début du 20e siècle. Mais comme le pressentaient les naturalistes, cette pie considérée en danger critique va certainement tirer sa révérence en France dès l’année prochaine malgré des mesures dont elle était supposée bénéficier avec son statut de protection totale sur le territoire français.

Et que sait-on des causes de sa disparition ? 

Les raisons principales s’expliquent par le changement des pratiques agricoles sur notre continent après la Seconde Guerre mondiale qui ont entraîné l’utilisation intensive des pesticides et donc la diminution de leur garde-manger préféré, les insectes. 

Mais le changement climatique avec la hausse des températures et les fortes sécheresses en Afrique a pu avoir également un impact sur la végétation et donc sur les proies de cet oiseau. 

Et c’est sans compter sur les embûches de toutes sortes rencontrées par notre pie sur sa route migratoire. 

Imaginez que cette espèce peut effectuer des trajets de plus de 10 000 kilomètres deux fois par an et que les pièges qui lui sont tendus en chemin sont nombreux : tempêtes de sable, braconnage dans les pays du Moyen-Orient ou captures au filet en Égypte sont en effet monnaies courantes. Mais chose incroyable, les pies qui arrivent à échapper à tous ces obstacles, sont capables après des milliers de kilomètres, de revenir quasiment sur l’arbre où elles sont nées, afin de se reproduire.

Est ce qu’il y a quand même des choses à faire pour tenter de sauver cet oiseau ? 

La LPO (Ligue pour la protection des oiseaux) souhaiterait mettre en place un projet européen de sauvetage voire une concertation à l’échelle internationale avec tous les chercheurs qui travaillent sur cette espèce pour essayer de renverser la tendance en Europe de l’Ouest. Mais concernant la France métropolitaine, il est déjà acté que cet oiseau ne reviendra jamais spontanément. 

La pie-grièche à poitrine rose va donc devenir, bien malgré elle, le premier vertébré à disparaître dans notre pays au 21ème siècle. Ce sera l’un des sujets de la Terre au carré cet après-midi. 

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