Permettez-moi d’abord, chers auditeurs, de m’incruster à la table de votre petit-déjeuner et dans votre salle de bain. Ou comment traquer l'huile de palme de notre quotidien ?

Fruits du palmier à huile après avoir été récoltés dans une zone de plantation d'huile de palme à Kuta Makmur en Indonésie
Fruits du palmier à huile après avoir été récoltés dans une zone de plantation d'huile de palme à Kuta Makmur en Indonésie © Getty / SOPA Images

Alors vous me voyez venir en levant les yeux au ciel « pas la peine, on a banni la pâte à tartiner au bon goût de noisettes ». Soit. Mais pas de biscottes ? Pain au lait pour les enfants ? Des biscuits peut-être là dans le placard ? Non toujours pas… Que vous êtes bons élèves ! Et accueillants, alors je continue vers la salle de bain : du gel douche ? Dentifrice ? Paracétamol ? Ou, tiens, de la mousse à raser, non ? Madame, rouge à lèvres, mascara, crayon ? J’ai apporté le mien Nicolas et regardez bien l’étiquette : "hydrogenated palm oil"… ça peut aussi être capryl, lauryl, stear… Traquez les ingrédients. 

L’huile de palme nous entoure, elle est même dans le moteur de votre voiture, tiens vous, qui pensiez fièrement avoir passé toutes les étapes jusque-là… Petits malins ! 76% de l’huile de palme importée en France est utilisée pour les biocarburants.

Et pourquoi un tel succès ?

Parce que c’est la plus rentable, et la plus facile à produire ! 4 tonnes à l’hectare, quand le colza est à 0,6 tonnes par exemple… Les palmiers à huile poussent toute l’année pour que la pulpe de leurs fruits orangés donne cet or gras, neutre en goût et se conservant bien. Tout cela aux dépends bien-sûr des jungles, décimées, en Indonésie et Malaisie, où se fait 90% de la production mondiale. On rase, ou brûle, on pschite des pesticides pour faire de gigantesques exploitations. En délogeant et menaçant l’orang-outan et 192 autres espèces animales, mais aussi des peuples indigènes, et en privant la Terre de puits de carbone.

Il n’y a pas d’alternative ?

C’est là qu’arrive le casse-tête. Je vous ai dit que l’huile de palme avait le plus gros rendement… La remplacer par une autre huile végétale "nécessiterait plus de terres et déplacerait l’impact" d’après l’Union internationale pour la conservation de la nature. C’est pour cela d’ailleurs que Greenpeace ou WWF n’appellent pas au boycott. Plutôt à limiter la consommation, car de demandes, c’est de déforestation, forcément, même si on vous promet de l’huile de palme durable. Mais la demande ne cesse de croître : 75 millions de tonnes l’an dernier, c’est 5 fois plus qu’en l’an 2000. Et le chiffre devrait se multiplier encore par 4 d’ici 2050. Un engrenage bien trop huilé et donc très glissant, qu’on décryptera cet après-midi dans la Terre au Carré

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