Interdire le chauffage des terrasses des restaurants, l'éclairage des vitrines et des bureaux la nuit et la climatisation... ? Ce matin dans l’édito carré retour sur un concept qui a le vent en poupe : la sobriété choisie comme alternative à notre société écologiquement à bout de souffle

Au mois de juin, Libération publiait dans ses dossiers Fil vert un article intitulé « La sobriété, une idée en pleine croissance ». Ce mouvement promu depuis longtemps par les milieux écologistes se fonde sur la distinction entre l’utile et le superflu. 

Avec le confinement une grande partie des Français a par la force des choses, moins travaillé et moins consommé. L’occasion de vivre une expérience nouvelle et pour de nombreux penseurs de faire le même diagnostic au sujet de notre société écologiquement à bout de souffle : un changement en profondeur est possible et nécessaire. 

Et la sobriété choisie a souvent été citée comme alternative. 

Avec quels types d’idées ? 

Prenez la convention citoyenne pour le climat qui dans son rapport vient d’avancer une série de propositions chocs en voulant par exemple interdire le chauffage des terrasses des restaurants, l'éclairage des vitrines et des bureaux la nuit et la climatisation lorsque la température est inférieure à 25 ou 30 degrés. 

Prenez l’arrivée de la 5G fustigée pour son inutilité, le débat sur les voyages en avion ou encore le fait de s’interroger sur sa consommation de viande au nom de l’environnement. Plus aucun domaine ne semble échapper à cette notion.  

Pendant le confinement, le sociologue Bruno Latour proposait dans la revue AOC  :

d’imaginer les gestes-barrières contre le retour à la production d’avant-crise 

Il soumettait les lecteurs à une série de questions. Par exemple : quelles sont les activités suspendues pendant le confinement dont vous souhaiteriez qu’elles ne reprennent pas? 

Une expérimentation, affirme Latour pour devenir « d’efficaces interrupteurs de globalisation ». 

Et qu’est-ce tout cela interroge fondamentalement ? 

L’ensemble de notre rapport à ce monde que le philosophe Patrick Viveret décrit comme une ébriété. Notre société dopée à la surconsommation n’aura pas d’autre choix dit-il que d’aller vers une forme de sobriété, alors autant le choisir que de vivre sur un mode punitif et sacrificiel. 

Dans le livre « Retour sur Terre » qui vient de paraître, le philosophe Dominique Bourg et un collectif d’auteurs font 35 propositions pour construire un monde plus durable. Ils proposent, par exemple, pour l’agriculture d’aller vers une « agroécologie décarbonée » avec des exploitations plus petites. La contrepartie c’est que « la nourriture sera plus chère. Mais nous l’assumons écrivent-ils : mieux vaut manger sain qu’acheter plein de babioles ». 

Cet appel à la sobriété certains le dénoncent comme un véritable privilège de riche. Comment peut-on demander plus de sobriété à des populations qui sont de plein pied dans la précarité ou qui sortent à peine de la misère ? 

Pour le moment la sobriété heureuse basée sur la joie et les choses simples de l’existence peine encore à rassembler les foules. Spinoza a encore pas mal de pain sur la planche pour parvenir à convaincre le plus grand nombre des bienfaits de ce concept ! 

Mais ce sera l’occasion d’en parler cet après-midi dans la Terre au carré…

  • Légende du visuel principal: Les modes de consommation des Français ont été chamboulés par la crise sanitaire et le confinement. un changement durable ? © Getty / Tara Moore
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