Après trois grandes revues médicales internationales, c’était au tour vendredi du prestigieux "The Lancet" britannique de publier des résultats montrant l’inefficacité voire la dangerosité de la molécule la plus médiatisée depuis l’émergence du Covid-19.

Faut-il encore rappeler que l’hydroxychloroquine a connu une soudaine notoriété depuis que le Professeur Didier Raoult a relayé fin février une étude confidentielle chinoise en affirmant qu’il s’agissait du meilleur remède contre le Covid-19 ?

Le microbiologiste de l’IHU Méditerranée a donc prôné son administration tôt dans la maladie associée à un antibiotique, l’azithromycine. Sauf que ses travaux n’ont pas fait l’unanimité, bien au contraire, la communauté scientifique tirant la sonnette d’alarme sur sa méthode scientifique peu éthique et le manque de preuve d’efficacité de ses études.  

Mais rien n’y a fait, la molécule a provoqué un embrasement interplanétaire et un véritable sujet d’obsession pour Donald Trump qui est devenu son plus grand promoteur. 

L’hydroxychloroquine, malgré le manque de preuve de son bénéfice, est actuellement administrée à des malades du Covid-19 dans de nombreux pays dont la France. Mais le cadre est souvent limité à des essais cliniques et à l’hôpital. 

Et qu’a t-on appris vendredi grâce à cette nouvelle étude ? 

Dabord qu’il s’agit d’une étude rétrospective réalisée auprès d’un très large échantillon de patients issus de 671 hôpitaux dispersés sur tous les continents. 96000 dossiers de personnes hospitalisées ont été étudiés. 

Parmi eux environ 15000 personnes avaient reçu un traitement contenant de la chloroquine ou son dérivé l’hydroxychrloroquine seules ou associées avec des antibiotiques comme celui prescrit par Didier Raoult. Ces personnes étaient comparées à un groupe contrôle de 80 000 patients ayant reçu un traitement standard. 

Résultat : ni la chloroquine, ni son dérivé ne se montrent efficaces contre le Covid-19 chez les malades hospitalisés. L’étude montre même un léger excès de décès et d’arythmie cardiaque. 

Interrogée pour le Virus au Carré, le médecin infectiologue Alexandra Calmy des Hôpitaux universitaires de Genève, rappelle qu’il y a déjà eu des alertes signalées par les autorités de santé de plusieurs pays comme la France et le Canada et que faute de démonstration de son efficacité, on peut considérer que l’hydroxychloroquine n’a probablement pas d’avenir thérapeutique pour les formes graves du Covid-19. 

Les auteurs de l’étude suggèrent d’ailleurs que "ce médicament ne devrait pas être utilisé comme traitement en dehors des essais cliniques".

Son utilisation pourrait donc être réévaluée ? 

Oui et d’ailleurs suite à la parution du Lancet, le ministre de la Santé Olivier Véran demandait samedi au Haut conseil de la santé publique (HCSP) de proposer "sous 48 heures une révision des règles dérogatoires de prescription" de divers traitements dont l'hydroxychloroquine. 

Cette vieille molécule est donc aujourd’hui très clairement sur la sellette. 

Selon Le Parisien, Didier Raoult devrait réagir à cette étude demain soir sur LCI. 

En attendant nous reviendrons sur l’hydroxychloroquine cet après-midi dans le Virus au carré

  • Légende du visuel principal: L'hydroxychloroquine, un médicament sur la sellette ? © AFP / GEORGE FREY
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