Pourquoi dans l’habitacle de la voiture le conducteur se met-il à avoir des comportements étranges que pour rien au monde il ne s’autoriserait en public comme se curer le nez, être flatulent ou chanter à tue-tête ?

Le sociologue Hervé Marchal a justement étudié le rapport de l’individu urbanisé à sa voiture. Pour cela il a passé des heures à observer in situ des automobilistes sur leur trajet quotidien. Vous imaginez, conduire avec un sociologue posé sur la banquette arrière ?... 

Pourtant une quarantaine de personnes ont accepté. Comme cet homme marié, 38 ans, cadre administratif, 15 000 km/an qui lui a confié à bout de nerf 

Je ne sais pas pourquoi mais il n’y a que dans ma voiture que je pique des colères. Parfois c’est dingue, j’ai envie de descendre et de déglinguer l’autre au volant tellement je suis énervé 

Que se passe t-il dans la voiture pour que nous devenions si différent ? 

Figurez-vous que dans votre automobile vous êtes un homme total. La voiture vous permet de décliner tous les aspects de votre personnalité. Elle est même l’extension de votre maison : une douce bulle familière. Dans cet habitacle intime, déconnecté du monde extérieur, vous êtes confortable et enveloppé comme dans le ventre de votre mère. 

Cet espace sensoriel vous permet de régresser à votre guise

Sauf que bien sûr la voiture n’est pas totalement coupée du monde. Et lorsqu’un autre conducteur ou une limitation de vitesse vient rompre la sérénité de votre cocon privatif à quatre roues, la tension entre l’intérieur et l’extérieur produit ces réactions sauvages. 

Le contrat social, cher à Jean-Jacques Rousseau s’évanouit et la façade publique vole en éclat. 

L’individu selon Hervé Marchal y exprime alors de nombreux plis de sa personnalité en laissant parler ses pulsions et ses humeurs.

Soudain vous voilà capable de décliner les cinq injures préférées des français (à savoir : "connard", "putain", "merde", "enculé" et le très sobre "abruti"). 

La voiture, lieu d’autonomie et de libre désir

C’est la voiture, lieu d’autonomie et de libre désir, qui rend possible cette « part maudite » de vous-même en vous autorisant un désordre identitaire intérieur, loin des exigences maniérées de la politesse. 

Et Hervé Marchal de conclure que le conducteur urbanisé ne maîtrise pas l’ensemble des éléments qui constituent sa personnalité. 

Et bien moi j’aime les mots de la sociologie Nicolas lorsqu’ils brossent avec justesse le portrait de nos métamorphoses quotidiennes.

Pour aller plus loin : « Un sociologue au volant, le rapport de l'individu à sa voiture en milieu urbain » a été publié aux éditions Téraèdre en 2014.

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Le rapport de l'homme à la voiture © Getty / RapidEye
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