Un incendie ravage la forêt amazonienne au Brésil ; des images satellite montrent qu’en Afrique et en Sibérie aussi, des millions d’hectares partent actuellement en fumée. Forte émotion. Et derrière cette sidération, il y a cette impression que le monde a rétréci, comme l’affirme l’anthropologue au CNRS Irène Bellier.

 Vue aérienne d"une étendue de forêt nettoyée par un incendie dans les environs de Boca do Acre, dans le bassin amazonien au nord-ouest du Brésil, le 24 août 2019.
Vue aérienne d"une étendue de forêt nettoyée par un incendie dans les environs de Boca do Acre, dans le bassin amazonien au nord-ouest du Brésil, le 24 août 2019. © AFP / Lula Sampaio

Voici un édito carré aux couleurs de l’environnement car Mathieu Vidard lance cet après-midi à 13h30 un tout nouveau magazine: La Terre au carré entièrement consacré aujourd'hui à l’actualité de la planète. Drôle de circonstance que de proposer le premier numéro de cette émission au moment où des feux sont en train de dévaster la forêt Amazonienne qui symbolise à elle seule l’image de la nature. 

Depuis la semaine dernière, l’émotion a gagné la planète suite à la diffusion des images choquantes de la ville de Sao Paulo au Brésil, plongée dans la fumée des incendies mais aussi à la diffusion dans les médias des chiffres alarmants de la déforestation. Et derrière cette sidération, il y a cette impression que le monde a rétréci, comme l’affirme l’anthropologue du CNRS, Irène Bellier. Nous sommes en effet touchés par des événements que l’on pensait être à distance. Sao Paulo, pourtant située à plus de 2000 kilomètres de l’Amazonie en feu, en est le parfait exemple. Dans le même temps, les images satellite nous ont rappelé que cette forêt n’était pas la seule concernée et qu’en Afrique comme en Sibérie, des millions d’hectares partent actuellement en fumée.

Que symbolise cette forêt amazonienne pour l'Occident ?

La forêt amazonienne symbolise sans doute deux choses contradictoires.

  1. D’abord, dans notre imaginaire occidental, la forêt reste une jungle impénétrable et mythique peuplée de créatures et d’indigènes qui nous font peur. Un véritable fantasme, selon Irène Bellier, que nous avons tendance à surinvestir par défaut de connaissances. Car la forêt amazonienne est en réalité un espace vécu et habité par les Indiens qui en sont les gardiens et qui ont développé des savoirs millénaires. Ils sont des "sachants" et des savants qui connaissent parfaitement cet écosystème dense et luxuriant qui abrite 75% de la biodiversité mondiale.
  1. Et même si l’Amazonie est souvent qualifiée à tort de « poumon vert de la planète », cet écosystème précieux repose sur des millions d’interactions entre ses peuples, ses cultures, ses milliers d’espèces de mammifères, d’oiseaux, de poissons, de plantes et d’insectes. 

Ce monde de la forêt doit être respecté et préservé en tant qu’espace autonome, plein d’une diversité indispensable à la vie alors que notre modèle occidental considère qu’une terre n’a de valeur que si elle permet de produire des richesses.  

Que peut-on faire, à notre échelle, pour lutter contre la déforestation ?

Selon Irène Bellier, le boycott du soja, du café ou du bœuf brésilien peut être un levier très efficace pour attaquer la politique dévastatrice de Bolsonaro. Pour mémoire, certaines campagnes de boycott internationales ont porté leurs fruits comme en Afrique du Sud au moment de l’Apartheid. Reste à espérer qu’au-delà de l’émotion suscitée par les feux de forêt, la question de la protection de la biodiversité Amazonienne et de ses peuples autochtones actuellement gravement en danger, émerge durablement  dans le débat public. 

Et on en parlera justement tout à l’heure dans la première de « La Terre au Carré » avec les auditeurs et mes invités. 

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.